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The killer inside me

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Littérature noire

La guerre des parrains corses : petits meurtres entre (ex)-amis

La guerre des parrains corses : petits meurtres entre (ex)-amis

« Entre 1984 et 1986, les autorités laissent passer leur chance pour bloquer l’essor de la Brise... les responsables ministériels rechignent alors à employer les grands moyens comme leur demande l’ancien policier Robert Broussard, envoyé en Corse comme Commissaire de la République... Le ministre de la Justice, de l’époque, Robert Badinter, se méfie. Il conserve l’image du flic Broussard qui traquait les voyous, Jacques Mesrine en particulier. Il craint, comme le rappelle, un de ses anciens collaborateurs, ses « méthodes de cow boy »... »

Le nouvel essai de Jacques Follorou, grand reporter au quotidien Le Monde, La guerre des parrains corses (sortie ce jour), remonte le cours de l’histoire criminelle insulaire à partir de novembre 2007, date d’une tentative d’assassinat sur Francis Mariani, à Sant’Andria di U Cotone. De là, et à partir de notes de synthèses mais aussi de PV d’audition, le journaliste va suivre chronologiquement la litanie des assassinats dans l’île, des trahisons, des anciens amis qui se tirent dessus, sans oublier le projet mortifère sur un élu territorial...
Follorou s’efforce de rester sur les faits mais profite aussi de divers entretiens qu’il a pu avoir, avec feu Richard Casanova ou Antoine Nivaggioni. L’auteur maîtrise évidemment son sujet et donne les clés pour qui veut tenter de comprendre les enjeux locaux et extra-locaux. Les rivalités en Haute-Corse comme en Corse-du-Sud sont ainsi savamment mises sur la table, sans omettre de préciser les pédigrees de chaque personnage. L’immobilier, les casinos, le racket, les investissements à l’étranger, les anciens contacts en Russie, en Afrique, bien sûr... tout y passe.
Le constat est dur à avaler, même s’il n’est pas nouveau pour le lecteur insulaire, mais il est encore plus indigeste quand Follorou détaille donc la position de l’Etat pendant des années. De la passivité de Badinter à la catastrophe Bonnet, en passant par l’attitude de certains fonctionnaires de police dans les casinos, il s’interroge : « cette île est-elle condamnée, par un jugement d’une nature inconnue, à rester à l’écart du droit commun réservé à tous les citoyens de la République ? »
Plus qu’une suite aux Parrains corses (100 000 exemplaires) écrit avec Vincent Nouzille, cet essai dresse le portrait mouvant et précis de la criminalité corse mais interpelle aussi les pouvoirs publics, évoque ses succès et ses incohérences coupables.
Alors, on parle majoritairement dans ce blog de littérature, et de littérature noire, mais ces faits alimentent aussi l'imaginaire des auteurs depuis des décennies et sans doute pour encore quelques années. Il y avait donc une certaine logique à cette chronique.

La guerre des parrains corses, édition Flammarion Enquête, 363 pages, 21 euros.

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