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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

James Crumley toujours aussi dingue dans Le canard siffleur mexicain

James Crumley toujours aussi dingue dans Le canard siffleur mexicain

Bientôt trois ans sur ce blog et pas un mot à propos de feu-James Crumley ? L'un des papes de Missoula, Montana. Adepte d'un style hard boiled bien barré, à la croisée de Bukowski et de Chandler. Avec un soupçon de Jim Harrison pour son amour inconsidéré de la nature américaine. Le canard siffleur mexicain n'est sans doute pas le meilleur opus pour entrer dans son univers mais bon, c'est le dernier que j'ai déniché dans ma librairie favorite. J'ai lu nombre d'aventures avec le mythique Milodragovitch. Et dans l'une d'entre elles, Les serpents de la frontière, il y croisait Sughrue, l'autre personnage phare de Crumley. Héros du ci-présent Canard siffleur mexicain, road movie entre le Texas, le Montana, le Mexique où l'on croise un biker qui cherche sa maman, un avocat toxico, un noir-mexicain en phase terminale et des femmes à tomber. Jouissif !

Plus que les précédents romans que j'ai lu de Crumley, celui-ci est passablement confus, certaines scènes semblant arriver trop rapidement. Après le syndrome Jim Thompson, on se demande alors si la traduction de Gallimard n'a pas délibérément sacrifier quelques pages. Mais ce n'est qu'un détail. Car l'intrigue est forte, portée par des personnages dignes d'un Sam Peckinpah. Sughrue, en chef de bande, est donc un détective, à moitié barman et surtout complètement fou. La scène d'ouverture résume le livre lorsqu'il place un juke-box, branchée, jouant Hank Snow, sur la voie ferrée où arrive un train. S'ensuit un engagement pour retrouver la mère de Norman, biker, si joliment esquissé, " l'odeur, un mélange d'urine rance, de dents gâtées, de marijuana, et probablement de pluie acide et de pourrissure d'entrejambes, qui le poursuivait comme un mauvais karma. "
James Crumley, comme il sait si bien le faire, jongle entre scènes d'actions violentes et moments de séduction parfois tout aussi violents. Surtout, ici, il règle son compte à des vieux démons de guerre du Viet Nam, tous les protagonistes de cette histoire s'étant connus sous les obus du Viet Minh, y laissant quelques bouts de leurs personnes mais aussi de leurs âmes. Et, pour certains, ramenant un fructueux business. Armés jusqu'aux dents, camés jusqu'à la moëlle, cet aéropage de vétérans va partir en guerre, comme un bataillon de Navy Seals !

A l'intrigue tortueuse, il faut évidemment ajouter un talent unique pour décrire les montagnes du Montana et les immensités désertiques du Nouveau-Mexique. Crumley aime son pays et les hommes et les femmes qui le peuplent, mais avec toute sa virilité, son côté canaille. On adore la poésie fougueuse de cet auteur, ses personnages forts et fragiles, malheureux mais décidés. Un auteur que l'on se doit de (re)découvrir. Et je ne saurais trop recommander le génial La danse de l'ours ou bien La contrée finale, bonne entrée en matière à l'oeuvre.

Le canard siffleur mexicain, édition Folio, 387 pages, 7, 50 euros.

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