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The killer inside me

Littérature noire

Une quête de vérité impossible dans La femme sans tête d'Antoine Albertini

Une quête de vérité impossible dans La femme sans tête d'Antoine Albertini

Roman de fiction mais aussi roman de quête journalistique et personnelle, La femme sans tête, d'Antoine Albertini, est ainsi un polar qui a, un peu, le cul entre deux chaises. Car il s'attaque à un authentique fait divers dont le ou les coupables n'ont jamais été traduits en justice. Avec cette matière, l'auteur tricote surtout un drame poisseux tout comme comme il partage ses propres recherches, ses propres impasses. En bon journaliste, Antoine Albertini remonte donc avec minutie le fil de la vie de la victime, Gabrielle Nicolet, retrouvée décapitée en août 1988. On sent une vraie compassion, une proximité avec cette infirmière au parcours erratique, tout comme avec son fils également disparu...

Dans les premières pages, l'intrusion du " je " laisse donc un peu pantois. La forme n'est pas si fréquente dans le roman noir où l'auteur se cache derrière ses héros, ses anti héros. Là, Antoine Albertini assume complètement une fracture intime : ce terrible fait divers de l'été 1988 quand, dans un caveau devant être occupé par un vieillard fraîchement décédé, le corps de Gabrielle Nicolet est retrouvé, sans la tête, couvert de blessures témoignant de véritables tortures. Il fait part des réactions de son père comme de ses souvenirs de ces jours ensoleillés, la date précise faisant office de phare non seulement dans cette année 88 mais également dans sa vie. Antoine Albertini se livre donc, met ses tripes sur la table. Cela peut surprendre le lecteur mais en aucun cas le rebuter.

Car le travail de fiction est considérable. Labeur qui a bénéficié du travail de l'auteur journaliste. Les deux se croisant, se répondant donc au fil des pages. Mais pour en revenir à la fiction, le major Serrier, responsable de l'enquête, va enfiler les états d'âme d'Albertini, et devenir totalement obnubilé par la traque des assassins de Gabrielle Nicolet, cette infirmière de la région parisienne... Cet homme va porter tout le poids de l'enquête, ces doutes, mais aussi les rebuffades de la Justice, peu disposée à mettre des moyens dans ce qui reste l'un des faits divers les plus sordides de l'histoire de la Corse.

Ah oui, cela se passe dans le Cap Corse ! Une précision qui n'a pas forcément une importance capitale tant la prose permet de ne pas focaliser sur l'île. Certes il y a des comportements grégaires, réactionnaires, des non dits et de la violence, mais pas plus sans doute que dans n'importe quel coin reculé du monde. Et pour se prévenir de tout malentendu (ou toute poursuite ?), Albertini situe l'action dans le village de Santa Lucia. Mais deux coups de googlisme permette de situer aisément les lieux.

Tout cela pour dire qu'Antoine Albertini signe un sombre premier roman, plus qu'intéressant, sur l'âme humaine, sur la faute, sur l'errance d'une jeune fille et sur une société dure avec les faibles. C'est aussi un réquisitoire terrible contre cette Justice pitoyable, pas fichue de mettre à l'ombre des coupables qui, si l'on en croit le livre, étaient parfaitement identifiés à l'époque. Un goût amer, dégueulasse, persiste dans votre bouche, longtemps après avoir avalé la dernière page. On attend avec enthousiasme la suite de cet auteur.

PS : un carton jaune au graphiste de cette couverture assez laide

La femme sans tête, édition Grasset, 345 pages, 19 euros.
 
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