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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Hardboiled et Californie des années 50 dans Le sourire d'ivoire de Ross MacDonald

Hardboiled et Californie des années 50 dans Le sourire d'ivoire de Ross MacDonald

" Dans le hall, il y avait des crachoirs en cuivre cabossé par terre et des vieilles photogravures de l'Union Pacific aux murs. Quatre hommes jouaient au bridge autour d'une table à cartes près de la grande fenêtre. Ils avaient le visage impassible et les mains satisfaites de vétérans du chemin de fer en train de creuser leur retard sur le tableau de route de la vieillesse. " Le sourire d'ivoire, quatrième aventure de Lew Archer, écrite par Ross MacDonald a de ces instants de beauté ! Si le détective privé doit mettre la main sur une jeune femme de ménage prétendument coupable d'avoir enfumée sa patronne, il en profite aussi pour dresser un portrait précis de la société californienne des années 50, entre richesses opulantes et prolétariat black. Oui, Ross MacDonald a vraiment le chic pour nous replonger dans cette ambiance d'après-guerre.

Le contrat d'Archer trimbale le lecteur sur un rythme, style 3 000 mètres steeple, parce que rien ne se passe comme prévu et que Lew Archer bosse, soit pour une matronne vulgaire, soit pour une jeune fille énamourée... délicieuse Sylvia. Loin des stéréotypes de bagarreurs ou de poivrots, Archer est un mec classe, à l'aise chez les pouilleux comme avec les puissants. Le sourire d'ivoire est prolixe en personnages forts, en fausse route, vilains pièges et flics pas toujours heureux de voir Archer se pointer. MacDonald tient son intrigue comme personne, c'est de la dentelle, une construction au millimètre, avec des allers-retours parfaits entre une femme fatale et ses drôles de relations...

Et puis, il y a donc le contexte des années 50. Les noirs encore soupçonnés de tous les vices dont le dernier n'est pas le vol ! Il y a ces bagnoles que l'auteur fait revivre avec merveille, Chevrolet, Buick, à travers les routes qui cernent Los Angeles. Sans oublier les hôtels borgnes, les dinner, les petits commerces d'alors... Ross MacDonald aime cette région, son parfum, sa vitalité. Et Ross MacDonald a, ce qui ne gâche rien, un coeur gros comme ça, aimant ses personnages, dotés d'un beau sens de l'humanité, de solides vertus. Jacques Mailhos, son traducteur, a bien raison lorsqu'il insiste pour dire qu'il est plus que temps de redécouvrir cet auteur.

Le sourire d'ivoire, Ross MacDobald, édition Gallmeister, 279 pages, 10 euros.

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