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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Casher Nostra : un monde glauque parfaitement mis en scène par Karim Madani

Casher Nostra : un monde glauque parfaitement mis en scène par Karim Madani

Du roman noir hyperprotéiné, entre anticipation et réalité sociale très contemporaine. Casher Nostra est le deuxième volet sur la ville Arkestra, prodigieusement imaginée par Karim Madani, auteur du premier bon tome Le jour du Fléau. Dans celui-ci, il s'intéressait à un flic, cette fois, il porte son attention sur Maxime Goldenberg. Vivant dans Hanoukka ville, quartier juif de la mégapole, il est le fils d'un ancien lieutenant de cette Casher nostra, mafia portant la kippa et l'AK 47. Mais les gènes ne se sont pas transmis, ni la richesse : Maxime est coursier, sa mère se meurt d'Alzheimer et tous deux survivent dans un trois pièces minables. Jusqu'au jour où Max consulte pour soigner son épilepsie...

Il découvre alors que le gouvernement met en place des salles de shoot pour les cancéreux, les malades du sida.. et les épileptiques. Là, 20 grammes d'une herbe démentielle leur sont offerts. Pour Max, c'est le début d'un business. Et l'espoir de placer sa mère dans une bonne clinique. Of course, rien ne sera aussi simple...

Sans faire de politique, Karim Madani aligne très intelligemment les axes d'une société future où les communautés vivent entre elles, les riches loin des pauvres, dans un paysage urbain dégueulasse. L'auteur ne fait pas de dogmatisme, ne prêche pas et même son personnage d'Alex, blanc bourru, carburant à la Valstar (ou quelque chose comme ça), évite les stéréotypes. C'est simplement un monde écroulé, abandonné, où les services publics ne sont que du passé, livré au libéralisme du marché et de la rue.

Bien sûr, le style de Madani reste gonflé à bloc, parfois jusqu'à l'overdose ( " elle chatouillait l'ADN des cryptogrammes cellulaires d'un plant de cannabis en pleine reviviscence germinative. Hé ! amis du soir, agnostiques et cartésiens, on vous parle du miracle de l'hybridation héliotropique, de la poussée radiculaire épiphanique, de la montée au ciel de graines celastrales. ") mais cela donne un sacré rythme au roman. Le lecteur a peu de chances de s'endormir dans cette version moderne du mythe du self made man de la rue, de la grenouille qui se veut faire aussi grosse que le boeuf. Et on s'interroge encore sur La série Noire qui avait publié Le jour du fléau mais a laissé partir cet auteur au Seuil. Tant mieux pour ces derniers : Madani se démarque nettement dans la production française de ces derniers mois.

Sinon, on peut trouver un chronique bien ficelée de l'ami Philippe ici.

Casher Nostra, Karim Madani, édition Seuil, 284 pages, 19 euros.

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