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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Mieux comprendre Harry Crews en lisant sa bio Des mules et des hommes

Mieux comprendre Harry Crews en lisant sa bio Des mules et des hommes

Nu dans le jardin d'Eden (Sonatine), texte de Harry Crews, inédit en France, sort dans quelques jours et les fans de romans noirs trépignent. L'occasion est trop belle, juste avant, de se replonger dans la biographie épique de cet écrivain remarquable, adepte d'une langue forte, de situations extraordinaires dans un quotidien effrayant, de personnages souvent énormes. Des mules et des hommes a donc été écrit en 1978 et narre les premières années de la vie de l'auteur dans une Géorgie chaude, difficile, au coeur d'un monde paysan, rythmé par la boisson et la culture des champs. Mais plus que tout, Harry Crews raconte ses cauchemars d'enfant, il parvient à se remettre à la hauteur du gamin de six ans qu'il était et revit les drôles de coups du sort qu'il a enduré.

Car finalement la perte de son père biologique n'a pas été la rupture que l'on peut imaginer. Il était trop jeune et le fait que le frère de son père devienne Daddy a été une chose assez naturelle. Les souvenirs de son premier père sont assez floues mais tout de même émouvants, comme une cicatrice enfouie sous une chevelure, un truc que l'on sent mais que l'on ne voit pas. Pour le reste le petit Crews n'a pas de problème particulier avec ses parents, il y a même de la tendresse avec sa mère. Certes il y a l'alcoolisme envahissant de Daddy. Le vrai problème c'est avec la vie, oui.

Malgré la précarité de cette existence, le sud lui laisse donc de très bons souvenirs d'enfance. Mais pas que... Il est ainsi d'abord frappé par une paralysie mystérieuse qui voit ses jambes se recroqueviller sous son maigre corps, dans un spasme musculaire incontrôlable, " les genoux étaient fléchis et les ligaments tiraient lentement mais inexorablement mes talons de plus en plus près de mes fesses... la douleur était telle que je m'en mordais les lèvres et l'intérieur des joues. " Le petit Harry doit abandonner l'idée de jouer avec son ami Willalee, avec son chien, il doit même se dire qu'il ne marchera plus jamais. On imagine le traumatisme, la terreur, le sentiment de mort qui a dû envahir l'enfant. Et comme si cela ne suffisait pas, à peine l'usage de ses jambes retrouvées, il tombe dans une bassine d'eau bouillante destinée à tanner la peau des cochons... Une fois de plus, douleurs, médecins, séjour au lit, idées noires.

C'est peu de dire que ce genre de vie(s) forge un caractère mais sans doute aussi l'essence d'un écrivain, comme on l'a vu précédemment pour Big Jim. Outre son énorme faculté d'observation (ah ces pages sur les qualités d'une mule dans un champ), il y a un détail frappant sur les capacités d'Harry Crews, tout jeune, à imaginer des histoires, c'est lorsqu'il feuillette le catalogue Sears, Roebuck. Une sorte de La Redoute du sud des Etats-Unis dans les années 20. Une porte ouverte sur la société de consommation, le confort et les beaux gens. Avec son copain, Crews imagine les mannequins comme une famille, tissant des histoires, de coeur ou de haine. Un jeu sans fin face au seul livre qui passait la porte de la famille. Des mules et des hommes est précieux parce qu'il nous raconte la " fabrication " de l'écrivain Harry Crews, il permet de lire son oeuvre avec un regard plus acéré, plus compréhensif.

Des mules et des hommes, Harry Crews, édition Folio, 295 pages, 7 euros.

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