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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Nu dans le jardin d'Eden : un inédit sombre et possédé de Harry Crews

Nu dans le jardin d'Eden : un inédit sombre et possédé de Harry Crews

Fat Man pèse 280 kilos et règne à sa façon, c'est-à-dire sans trop bouger, sur la ville fantôme de Garden Hills, ex-mine de phosphate prospère, en Floride. A sa botte, il a Jesta, un homme pas très grand, et pour cause il a été jockey et, depuis, conserve toute la journée, quoi qu'il fasse, son costume de cavalier. Parmi les voisins, on trouve Westrim, alias Iceman, le mec qui vend de la glace, sur son chariot, tiré par un vieux canasson. Et puis dans Garden Hills, il y a aussi Dolly, jeune fille vierge, parti à New-York chercher le grand patron de la mine et revenu avec un grand projet... Harry Crews n'aime rien autant que les freaks, les Américains bien perchés. Mais ce n'est pas gratuit, ce n'est pas aussi simple qu'une histoire de barjots. Ce Nu dans le jardin d'Eden est aussi oppressant que lumineux et surréaliste. Tout le style de Crews est là, une écriture organique et sombre, littéralement possédée.

Encore une fois, ce géant de la littérature US tisse un parfait canevas de situations incroyables, de relations étranges, dans une ambiance grotesque, pour atteindre un paroxysme dans les ultimes pages. C'est assez classique certes, mais c'est, ici, mené avec une vraie maestria. Harry Crews a un but, un objet. Ici, faire tomber les idoles. On n'est jamais loin du religieux, du sentiment sacré chez lui. Là, il y a d'abord le cas de Jack O'Boylan, le créateur de la richesse à Garden Hills qui s'est évaporé dans la nature. Pas grand monde ne l'a vu mais les derniers habitants pensent bien qu'il reviendra sortir leur ville de la mouise actuelle, chômage, ennui... Ils le pensent parce que Fat Man, son " messager ", leur a dit qu'il reviendrait... comme le Messie. Dans cet ordre passablement établi, débarque Dolly, porteuse de la nouvelle flamme. L'ancienne reine du phosphate (!) a puisé, à New-York, des idées, des projets, pour faire revivre Garden Hills et attirer des touristes grâce à un spectacle de... go-go girls. Elle a compris comment tourne le monde.

Crews a écrit ce roman, son deuxième, en 1969, à seulement 34 ans. Chose incroyable Naked in Garden Hills n'avait jamais été traduit en France. C'est donc un joli coup que réussi Sonatine, avec la complicité de son traducteur Patrick Raynal. Et il faut ajouter que ce roman est resté très longtemps introuvable aux USA, des spécialistes attribuant cela aux nombreux changements d'éditeur du bonhomme. L'auteur considérait qu'il s'agissait d'un de ses meilleurs livres. On attendra humblement de lire plus en avant le reste de son oeuvre mais il faut reconnaître la force de cette littérature, ses multiples passerelles, ses questionnements. Le lecteur ne sort pas indemne de l'univers de Crews.

Nu dans le jardin d'Eden, Harry Crews, édition Sonatin, 236 pages, 19 euros.

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