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The killer inside me

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Littérature noire

L'homme qui a vu l'homme : comment écrire sur les sales affaires du pays basque

L'homme qui a vu l'homme : comment écrire sur les sales affaires du pays basque

Marin Ledun n'est pas un auteur qui laisse indifférent... D'accord, c'est un gros cliché d'écrire cela. Mais c'est vrai, crénom ! Que ce soit dans Les visages écrasés, Le ventre des mères, il se frappe des sujets de société sans verser dans le syndicalisme ou la prise de position. On le sent concerné au premier plan, lui, l'hypersensible, mais parvient à s'extraire suffisament, à avoir un minimum de recul pour construire sa fiction. Dans L'homme qui a vu l'homme, Ledun prend à bras le corps la question basque. Ou du moins, une de ses facettes. Il n'évoque pas la violence du séparatisme (juste en filigrane) mais plutôt celle de l'Etat. Qu'il soit espagnol ou français. A partir d'un fait divers authentique. Et cette plume enthousiaste, toujours volontaire, on peut effectivement la trouver énervante. Pourtant, il n'y a pas d'artifices, pas de mensonges : Marin Ledun écrit avec ses tripes.

En avril 2009, Jon Anza, militant basque d'ETA, disparaît entre Bayonne et Toulouse. Son corps est retrouvé plusieurs semaines après, à la morgue de l'hôpital Purpan de Toulouse... le spectre des barbouzes ressort. Et Marin Ledun en fait un polar irrésistible. Son personnage principal est son héraut : Iban Urtiz, un jeune journaliste, aux racines basques mais qui ne connaît pas du tout le pays. Il s'empare de l'affaire, lorsque la famille de Jokin Sasco (Jon Anza) tient une conférence de presse pour dénoncer la disparition, de ce fils, de ce frère. Novice, candide, charmeur aussi (et ça passe plutôt bien), Iban Urtiz fouille cette histoire de kidnapping, écoute les proches, les militants, d'autres basques enlevés eux aussi quelques années plus tôt. Il s'enflamme, se révolte mais se retrouve aussi coincé, menacé... et prend, au passage, une belle rouste.

Ledun ne tombe jamais dans le pathos, dans le sensationnel. Il s'efforce et c'est périlleux, de confier au pur fait divers, une trame romanesque. L'homme qui a vu l'homme soulève des questions cruciales, des connivences police-justice, des soupçons d'officines barbouzardes mêlant autant grands flics que voyous. Certes ce n'est pas nouveau, le SAC, tout le monde s'en souvient encore. Mais là, on parle du XXIe siècle, d'un morceau de la France et d'une famille totalement dévastée par le silence de la République. C'est là aussi qu'excelle Marin Ledun : en parvenant à faire sourdre les douleurs intimes. L'homme qui a vu l'homme a le courage de s'attaquer à un sujet casse-gueule et offre un polar parfait, où chaque pion avance vers un drame inéluctable. Il y a de la tragédie grecque chez Ledun.

L'homme qui a vu l'homme, Marin Ledun, édition Ombres Noires, 463 pages, 18 euros.

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