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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

L'extraordinaire histoire du plus grand braqueur de banques hongrois : un must

L'extraordinaire histoire du plus grand braqueur de banques hongrois : un must

" Je serai quelqu'un ! Tu verras ! Je serai connu ! Tu seras fier de moi ! " Attila Ambrus est encore un gamin, en Transylvanie roumane, lorsqu'il lance cela au père qui vient, une fois de plus, de le corriger sèchement. Mais il ne se doutait sans doute pas qu'il allait devenir le plus célèbre des braqueurs de Hongrie, entre 1993 et 1999, dérobant près de 840 000 dollars dans plus d'une vingtaine de banques, agences postales et agences de voyage. Cette histoire incroyable, Julian Rubinstein la raconte avec un talent rare dans La ballade au voleur de whisky, l'un des romans les plus accomplis dans le genre des biographies de voyous. Car outre le portrait fascinant d'Attila, l'auteur raconte par le détail les errements de la police et, surtout dirions-nous, le contexte historique.

Attila aime AC/DC, le whisky Johnnie Walker... et le hockey sur glace. Tout cela, il ne peut guère en profiter, ni l'exploiter dans sa Transylvanie natale, sous le joug infernal d'un Ceaucescu qui interdit à ces descendants de magyars de parler leur langue, qui change même le nom de leurs villages. Attila traverse donc la frontière, en clandestin, accroché sous un train. Hélas, ce qu'il découvre en Hongrie n'est guère plus affriolant : le pays a chassé les communistes mais son économie s'embourbe. Les jobs sont rares et mal payés. Mais au moins Attila peut devenir hockeyeur professionnel dans l'une des équipes de Budapest. Ah... il n'est pas le meilleur des gardiensde but, loin s'en faut. Mais quelle volonté, quelle constance dans les entraînements. Très vite, il force le respect. Coté travail, il fait un peu le concierge, nettoie la patinoire, vend des stylos Parker... mais cela ne paye pas son envie de vivre la grande vie. Le crime, et les braquages donc, sont sa seule option. Avec, tout de même, une sérieuse option vol à mai armée sous l'emprise de l'alcool !

Julian Rubinstein, c'est évident, a de la compassion pour ce garçon, sorti d'un univers difficile, sans diplôme. Il a fallu trois années à l'auteur pour réunir tous les éléments nécessaires à ce roman fourmillant de détails, pris dans des témoignages qu'il a recueillis, dans une revue de presse qu'il s'est fait traduire mais aussi lorsque le procès s'est tenu, en 2000. Car oui, Attila Ambrus s'est fait coincé in fine. Il avait beau amuser tout le pays, les policiers, eux, en ont fait une affaire quasi personnelles. Rubinstein excelle à nous raconter les gags de cette police qui se réveille du communisme sans moyens humains, sans ordinateur, sans techniques aussi. Au point qu'il consulte, un moment, un voyant ! La ballade du voleur au whisky ne serait pas aussi efficace sans ce portrait socio-politique d'une Hongrie qui se jette à corps perdu dans les bras des Etats-Unis. Julian Rubinstein est un journaliste de terrain qui sait peindre des ambiances de bars, de rues, qui saisit bien les tensions d'un pays.

Un remarquable livre où le voyou n'est, pour une fois, pas un monstre sanguinaire, mais bien un type assez cool perdu dans un monde d'escrocs publics. Le trait peut paraître grossier mais c'est tout l'inverse : il y a une finesse, une candeur et un rythme formidables dans ce roman. On ne serait pas étonné que cela donne un grand film dans les mains des frères Coen.

La ballade du voleur au whisky, Julian Rubinstein, édition Sonatine, 411 pages, 22 euros.

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