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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Théorie générale de l'oubli : joies et peines d'une agoraphobie qui a duré 30 ans

Théorie générale de l'oubli : joies et peines d'une agoraphobie qui a duré 30 ans

Comment survivre pendant trente ans dans un appartement muré ? Et pourquoi cette peur maladive de l'extérieur ? C'est à ces questions que tentent de répondre José Eduardo Agualusa, dans son roman Théorie générale de l'oubli. L'histoire authentique d'une femme blessée, Ludo, qui décide en 1976, à Luanda, en Angola, de se couper totalement du monde. Cette année-là, les rebelles communistes, appuyés par les forces de Castro s'emparent du pouvoir. Ludo vit dans l'appartement de son riche beau-frère avec sa soeur. Ceux-ci sortent pendant les événements et ne reviennent jamais, avalés mystérieusement, évaporés...

Au dernier étage d'un immeuble chicos, dans un quartier rupin, Ludo et ses proches incarnent la colonisation portugaise. Pas qu'ils soient esclavagistes ou grands propriétaires terriens mais ils sont les descendants de cette puissance européenne. La guerre civile les prend donc par surprise et ils n'y croient vraiment qu'à la fin, lorsque l'issue semble inéluctable... Quand son beau-frère et sa soeur s'absentent, Ludo, femme fragile, se calfeutre. Deux hommes viennent bien tenter de la cambrioler mais elle en abat un, avant de murer définitivement la porte et ainsi, de disparaître aux yeux des autres. Pour trente ans. Un bout de terrase transformée en potager, des meubles pour se chauffer, un peu d'eau venue du ciel, des poules habilement volées à des voisins... Pas le bonheur, mais juste de quoi soigner sa phobie, à défaut de remplir le ventre. " La faim surgit. Pendant des semaines longues comme des mois, Ludo s'alimentait à peine. Elle nourrissait Fantôme (le chien) de bouillies de farine de blé. Les nuits se fondaient avec les jours. Elle se réveillait et voyait le chien la surveiller avec un anxiété féroce. Elle s'endormait et sentait le souffle brûlant de la bête... "

José Aguardo Agualusa ne verse pas dans l'événementiel, sa prose est douce, tout en gardant la puissance de ces circonstances. Avec le journal intime que Ludo a laissé, il tisse une tentative de compréhension double. Celle de cette femme murée mais aussi celles des hommes qui s'agitent derrière la cloison pour trouver les diamants du beau-frère, sorte de mythe transmis à travers les années. Des hommes qui se combattent, se retrouvent. L'auteur en profite pour peindre ainsi quelques traits de cet Angola nouveau.

Loin d'être un polar, Théorie générale de l'oubli garde une tension délectable, un tendre suspense et une vraie poésie. Surtout, le lecteur apprécie d'etre déstabilisé par cette écriture, ce rythme, rappelant ainsi le très bon Borderland, de Vamba Sherif, déjà aux éditions Métailié. Un petit enchantement.

Théorie générale de l'oubli, José Edouardo Agualusa, édition Métailié, 171 pages, 17 euros.

Comment survivre pendant trente ans dans un appartement muré ? Et pourquoi cette peur maladive de l'extérieur ? C'est à ces questions que tentent de répondre José Eduardo Agualusa, dans son roman Théorie générale de l'oubli. L'histoire authentique d'une femme blessée, Ludo, qui décide en 1976, à Luanda, en Angola, de se couper totalement du monde. Cette année-là, les rebelles communistes, appuyés par les forces de Castro s'emparent du pouvoir. Ludo vit dans l'appartement de son riche beau-frère avec sa soeur. Ceux-ci sortent pendant les événements et ne reviennent jamais, avalés mystérieusement, évaporés...

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