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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Hervé Le Corre : " il y a peu d'écrits sur la collaboration des Bordelais avec les Allemands... "

Hervé Le Corre : " il y a peu d'écrits sur la collaboration des Bordelais avec les Allemands... "

Dernière rencontre réalisée il y a un mois à Lyon lors de Quais du Polar : Hervé Le Corre, pour son troisième roman chez Rivages. Avec Après la guerre, le prof de français de la région bordelaise épate encore ses lecteurs par sa grande humanité, sa façon de capter les paradoxes intimes de ses personnages mais aussi cette violence en apnée, jamais déchaînée, toujours latente. A Lyon, il a reçu le prix du polar européen. Il se confie autour d'un verre de blanc et d'un boeuf bourguignon. L'homme est passionnant, humble et connaît ses gammes du polar sur le bout des doigts.

Combien de temps exige un roman comme Après la guerre ?

Trois ans. Je l'ai commencé de suite après Les cœurs déchiquetés qui date de 2009. Mais comme j'étais coincé à un moment, je n'avançais plus, je me suis mis à écrire les nouvelles de Derniers retranchements. C'est rapide les nouvelles, on voit assez vite où on veut aller. Cela m'a permis de respirer et de terminer Après la guerre.

Un roman très documenté, même si tout n'est pas précis comme dans un documentaire.

Pour toute la partie en Algérie, je ne voulais pas que ce soit parfaitement identifiable nommément. Je parle de la ville, je ne dis pas laquelle est ce. Je parle d'un régiment d'appelés mais je n'écris pas c'est tel régiment de fantassins, basé dans telle ville. On sait juste que ce ne sont pas des paras, puisqu'ils arrivent plus tard dans l'histoire. Et pour tout ça, je suis juste allé simplement taper guerre d'Alégérie dans Google ! Il y a des pages et des pages de souvenirs d'anciens soldats, très, très marqués. C'est assez dur parfois. Il n'y a pas tellement eu de déserteurs pourtant, environ 250 je crois. Et ils n'étaient même pas recherchés une fois en France. C'était le PC algérien qui les exfiltrait. Le FLN lui, y participait parfois, mais de mauvais grâce. Je me suis aussi parfaitement documenté sur les armes, le fusil Garand et surtout les munitions, ça il ne fallait vraiment pas que je me plante. Enfin, côté recherches, pour les passages sur les camps d'extermination, j'ai notammant lu Primo Levi.

Comme dans Les cœurs déchiquetés, dans Après la guerre, il y est question de la séparation d'un père et de son fils. Un sentiment que vous voulez creuser ?

Oui. Mais je ne suis pas si original que ça, depuis, entre autres, le fantastique Père et fils, par Larry Brown. La littérature américaine est riche de ces relations, même chez Cormac Mac Carthy. Disons que je n'avais peut-être pas tout dit là-dessus après Les cœurs déchiquetés, disons que ça m'intéresse personnellement et puis voilà... Mon prochain roman, que je commence, ne sera pas sur ce même registre en tout cas.

Contrairement à ce qu'écrit Cyrulnik, pour le coup, votre personnage de Delbos n'a pas de résilience puisqu'il souffre toujours ?

Il souffre de n'avoir pu sauver sa femme dans les camps d'extermination. Après sa libération, il tente d'oublier Bordeaux. Mais d'abord il veut savoir ce qu'est devenu son fils et puis il a un compte à régler avec le policier Darlac. Il ne peut pas vivre avec ses douleurs.

Le style Le Corre c'est aussi la répétition, les Et qui s'accumulent. Pour mieux coller aux ambiances ?

Il y a de ça. C'est une licence poétique que la langue française nous permet. Nous avons la chance d'avoir une langue vraiment riche et quand je veux donner l'impression d'une overdose de faits, de sentiments, j'utilise ces ET en cascade. Cela vient assez naturellement sans besoin de trop le travailler. D'ailleurs je fais bien attention de ne pas exagérer.

Avec Après la guerre, le lecteur découvre à quel point Bordeaux, votre ville, s'est donnée aux Allemands pendant la guerre...

Oui, il y a peu d'écrits historiques, scientifiques sur la collaboration des grandes familles bordelaises avec l'occupant allemand... Tout de même, il faut savoir que les Rotschild, si certains avaient fui en Amérique, continuaient de commercer à Bordeaux avec l'Allemagne nazie. Tous les pinardiers ont fait leurs affaires avec l'occupant, ils ont continué leur commerce du vin. La Résistance a été par ailleurs laminée par le retournement d'un communiste qui a balancé un énorme réseau. Je ne saurai pas dire si cette période est tabou mais on n'en parle pas, c'est certain. La Résistance s'est reconstruite à la fin de la guerre et les Allemands lorsqu'ils sont partis n'ont pas détruit un seul bâtiment. Ils ont quitté Bordeaux de leur propre chef et se sont battus plus tard, très violemment, plus au nord de la ville.

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