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The killer inside me

Littérature noire

Tarrori è Fantasia : une langue corse débridée pour des nouvelles frissonnantes

Tarrori è Fantasia : une langue corse débridée pour des nouvelles frissonnantes

Pas simple de faire vivre une langue régionale. Le corse bénéficie d'un fort soutien publique mais l'apprentissage à l'école est clairement insuffisant. Il faut que tous les champs de la société soient occupés pour ne pas sombrer. Il y a une poignée d'années, le groupe de rock I Cantelli avait merveilleusement mis ses riffs sur du corse. Et sur des histoires de l'auteur Marcu Biancarelli (Murtoriu, Actes Sud). Ce dernier, animateur d'un blog pendant plusieurs mois, a réuni les textes de ce dit blog consacré à l'horreur et au fantastique, dans un livre baptisé sobrement Tarrori è fantasia. Ving-cinq nouvelles, en corse et en français. Dire que c'est une belle initiative serait un brin condescendant. Non, il s'agit d'un très bon recueil, dans un exercice, on le sait, qui est très cruel pour les auteurs.

Un total de vingt-cinq textes donc avec des perles, des histoires parfaitement tournées, qui résonnent à l'oreille du lecteur corse mais pas seulement, heureusement. Ainsi Le boyau, de Francescu Rossi, ce combat sanglant entre factions indépendantistes un soir de bombages de murs, dans le tunnel imaginaire de Bocognano : " les chefs de meutes plus aguerris et combinards, avaient marqué le pas espérant s'habituer à la situation. Mais en voyant la bagarre terrible qui s'amplifiait, ils comprirent immédiatement que cette fois il fallait aller jusqu'au bout. " Beau moment d'anticipation aussi, avec cette noirceur tapie sous le bonheur, dans La loterie, de Marcel Jureczek, où un des millions de chômeurs du pays pense avoir touché le gros lot. Dans le registre du terrible fait divers, mêlant jalousie et haine de l'étranger, il y a Entre Mariposas negras, de Françoise Graziani. Et puis aussi, plus drôle et sur le thème du pétage de plomb, ce Agoraphobie, de Jo Antonetti, où un énervé, à Saint-Florent, n'en peut plus de ces joueurs de tambours et sort son calibre pour faire un carnage !

Mais on ne peut passer sous silence, l'excellent Rituel sanglant, de Marcu Biancarelli. Auteur confirmé, Biancarelli oscille là entre l'humour anglais et le gore total, d'une expédition du 18e siècle qui a tourné à l'initiation sadique. C'est fin, c'est délicieux et vraiment drôle.

Tarrori è fantasia réussit le tour de force de ne pas passer pour un livre revendicatif sur la langue mais bien pour une oeuvre d'ouverture, où l'imaginaire d'auteurs corses peut rencontrer celui de tous les lecteurs corsophones et francophones. Il faut un tome 2 !

Tarrori e fantasia, recueil sous la direction de Marcu Biancarelli, édition Colonna, 292 pages, 20 euros.
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