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The killer inside me

Littérature noire

Méridien de sang : un chef d'oeuvre qui redéfinit la conquête de l'ouest

Méridien de sang : un chef d'oeuvre qui redéfinit la conquête de l'ouest

C'est après un tour à la librairie Le thé des écrivains, à Paris, que Méridien de sang, est venu se poser sur ma PAL. D'accord, ce n'est pas un roman d'une extrême nouveauté (1988). Mais l'été est vraiment là pour ça : pour reprendre des classiques, s'attaquer aux livres cultes, éplucher l'oeuvre d'un auteur. Méridien de sang, par Cormac McCarthy, est une pierre blanche, ou plutôt noire, dans la littérature western, dans la littérature américaine et son mythe de la conquête de l'ouest. Ce n'est pas une lecture aisée, il ne faut pas se mentir. La fabuleuse prose de McCarthy est rugueuse, âpre. Sa narration est violente. En fait, jamais le style n'aura aussi bien collé à une histoire. A part peut-être chez certains livres d'Ellroy. Et on peut tourner Méridien de sang dans tous les sens, le trouver indigeste, exagéré... c'est un chef-d'oeuvre.

En 1849, un gamin quitte son père, sa soeur. Il a à peine 14 ans et va se tanner le cuir dans l'ouest de ces Etats-Unis balbutiants. C'est un miracle, s'il ne finit pas dans le caniveau d'un saloon. Le gamin - jamais plus nommé que cela - va alors rencontrer les hommes qui changeront sa vie : Glanton et le juge Holden. Deux personnages hors normes, à la tête d'une colonne de brigands partie sur les routes de l'ouest, scalper de l'indien sur ordre de l'administration, afin de pacifier le territoire. Le premier, Glanton, est le chef respecté de cette horde sauvage (merci Sam Peckinpah), le second est une espèce de psychopathe, chauve, ventru, extrêmement intelligent et tout aussi vicieux. Leur expédition ultra violente, où l'adrénaline conduit aux pires débordements, va les mener, sous un soleil d'acier ou dans un froid à fendre les pierres, à affronter les Apaches et d'autres tribus, parfois redoutables, parfois pacifistes. Mais il y aussi l'armée mexicaine sur cette route. Méridien de sang, c'est l'histoire d'une quête sanguinaire, de longues chevauchées, souvent au pas, de combats rapprochés où les têtes explosent sous le coup de masses, où les femmes capturées sont violées, torturées. C'est l'histoire d'une conquête qui n'a rien de romantique, de juste, d'équitable. Et c'est aussi les longues élucubrations philosophiques d'un juge, sur l'univers, la religion, la guerre, la vie. Des moments délirants, parfois poétiques, parfois lucides : " S'il avait été dans le dessein de Dieu d'arrêter la dégénrescence du genre humain, est-ce qu'il ne l'aurait pas déjà fait ? Les loups font eux-mêmes leur sélection, mon ami. Quelle autre créature pourrait le faire ? Comme si l'espèce humaine n'était pas encore plus prédatrice ? C'est le sort de l'univers de fleurir et de s'épanouir et de mourir mais dans les choses humaines il n'y a pas de déclin et le zénith annonce déjà la venue de la nuit."

Le lecteur ne peut être que saisi par la puissance de cette épopée fondatrice. Tout le monde devient fou dans cette bande de sauvages, entre le juge qui tue un enfant sans raison, qui balance un chiot à l'eau, celui-ci qui trimballe son collier d'oreilles, les coups de feu échangés dans des orgies d'alcool et de sexe... la réalité vacille dans cet Ouest suffocant. On frôle l'overdose de canailles, d'actes de violence gratuits, de débauches.

Cormac McCarthy atteint là un sommet, réécrivant l'histoire de son pays dans une langue dure (chapeau au traducteur, Franois Hirsch) mais tellement romanesque. L'homme connaît son sujet et Méridien de sang peut aussi se lire comme une belle leçon d'histoire. Sur un pays qui a tenté de réécrire ses premiers jours de civilisation à la lumière d'Hollywood, car l'Amérique du 19e siècle comme la montre McCarthy, personne ne l'a jamais approchée. Oui, l'auteur laisse perler une fascination pour son pays, pour cet esprit de conquête, cette soif d'avancer, de se battre. Mais il ne ménage pas ses héros, conscient que c'est dans un sang, dans les boyaux répandus sur le sable, dans le fracas des crânes explosés, que les Etats-Unis se sont bâtis.

Méridien de sang, Cormac McCarthy, édition Points, 419 pages, 8 euros.
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L
Cet auteur est un véritable monument de la littérature américaine :)
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