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The killer inside me

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Littérature noire

Sympathy for the devil : rien de plus beau et de plus fou sur la guerre

Sympathy for the devil : rien de plus beau et de plus fou sur la guerre

Kent Anderson était à Quais du polar en 2013, pour présenter Pas de saison pour l'enfer. Il y était avec sa femme, il me semble. A l'époque, je n'avais rien lu de lui, mais absolument personne n'ignorait lors de ce festival qu'il s'agissait d'un sacré événement : l'auteur de Sympathy for the devil. A Lyon ! Ce roman, c'est un peu le Léviathan de la littérature sur la guerre du Viet-Nam, un truc énorme, que même ceux qui ne l'ont pas lu connaissent, parviennent à évoquer, tant il est discuté, disséqué et glorifié. Il n'y aurait rien de comparable à Sympathy for the devil... Puisque les vacances sont faites pour corriger des carences, go ! La première du million de surprises qui attend le lecteur, c'est la préface de... James Crumley. Et on sent déjà que l'on va adorer le livre.

Ancien sous officier des Forces Spéciales durant la guerre du Viet Nam, Kent Anderson a sans nul doute vécu ce que certains appèleront plus tard l'enfer. Béret vert, responsable d'une cellule de renseignements... Anderson prend les traits, dans cette oeuvre magistrale, de Hanson. Un gars qui ne sait pas très bien marcher au pas, qui sourit beaucoup trop, mais qui ne connait pas la peur. Hanson sait ainsi, dès ses classes, qu'il veut intégrer les Forces Spéciales. Il découvre cela lorsqu'il enfile son treillis et qu'on se met à lui gueuler dessus. Le Viet-Nam ? On le prévient : " Charlie, dans les jungles, est de nos jours, le meilleur combattant au monde. Il a eu vingt-cinq ans pour s'entrainer. Réflechissez-y messieurs... Jetez un coup d'oeil aux deux gaziers assis à côté de vous. L'un des deux rentrera mort chez lui. " Hanson va devenir un combattant, un guerrier, jamais par patriotisme mais par goût de la guerre. On l'imaginerait facilement aux côtés de Gengis Khan. D'Alexandre le Grand. Pour l'heure, ses camarades se nomment, Quinn, brute épaisse, caractérielle et drôle, Dawson, Silver. Sans oublier Mister Minh, un vietnamien des montagnes, haineux du Viet Cong depuis que celui-ci a massacré sa famille.

Tout au long de 580 pages gigantesques, le lecteur va vivre le quotidien des Bérets verts, quelques missions poisseuses et sanglantes, des altercations avec d'autres régiments, des scènes où l'on poursuit un chien avec un lance-roquettes (!), où l'on décapite un canneton avec les dents, des problèmes de logistiques et surtout des réflexions sur l'impact du conflit sur ces jeunes gens. Car Hanson, tente un moment de rentrer chez lui après son premier contrat. C'est l'échec cuisant, humiliant, d'une vie trop normale. Il retourne donc au feu, dans des opérations clandestines, classées top secret sous le nom de " Etudes du terrain par condition de mousson "...

Kent Anderson ne fait pas qu'un livre de souvenirs. Il écrit-là, en 1986, un grand roman de guerre. Sans pathos mais avec une plume agressive, lucide, dans une narration parfaite qui offre de beaux retours en arrière sur les classes, la parenthèse du retour au civil, la vie des montagnards vietnamiens et la réalité des objectifs militaires américains, cette fameuse " vietnamisation ". Et puis Anderson nous aide à comprendre ce peuple américain à travers ce conflit : sa prétention, sa confiance en soi, sa chute donc, aussi. Comme un adolescent qui se croirait immortel et se retrouve cloué sur un lit d'hôpital, les deux jambes brisées.

On comprend qu'il ait fallu plus de vingt ans à Kent Anderson pour publier ce roman. Sympathy for the devil a conservé la fraîcheur des souvenirs et délivre aussi une sage distance, une analyse implacable mais sans lourdeur moralisatrice. Les connaisseurs de ce conflit y trouveront autant du Full Metal Jacket, que La ligne rouge. Fou et poétique, un roman culte. On comprend mieux maintenant. Pourvu que l'auteur revienne à Lyon...

Sympathy for the devil, Kent Anderson, édition Folio policier, 580 pages, 8, 40 euros.

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