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The killer inside me

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Littérature noire

Cavale(s) : deux braqueurs, un gendarme, trois femmes... et un bijou

Cavale(s) : deux braqueurs, un gendarme, trois femmes... et un bijou

La région de Dijon. Deux jeunes braqueurs. Un supermarché. Un gendarme qui se retrouve à terre. Sur une trame, d'apparence très fine, Marie Vindy parvient avec Cavale(s) à dresser un polar très tendu, tout comme un portrait éclaté d'une certaine France. Pas celle du Quai des Orfèvres, pas celle non plus des bandes de Marseille. Non une France du fait divers, une France rurale, une France moyenne, sans caricatures et sans angélisme agro pastoral non plus. Voilà, c'est ça, qui caractérise Cavale(s), un équilibre incroyable, une finesse de l'étude des rapports humains, du déroulement d'une enquête. Avec en toile de fond, esquissée avec une certaine élégance, la question douloureuse des violences faites aux femmes. Bref, un récit réaliste qui ne faiblit jamais, riche, poignant, juste.

Francis Humbert, enquêteur en chef de la section de recherches de la gendarmerie, est un professionnel reconnu. Lorsqu'il prend en charge l'enquête préliminaire sur le meurtre de son collègue et le braquage qui l'a précédé, il s'efforce de mettre de côté son émotion, se concentre sur les éléments. Petit à petit, avec sa collègue Betty, et son second, qu'il côtoie depuis 15 ans, il va remonter les témoignages, d'une photo de la voiture des braqueurs brûlée, aux précédents vols à main armée de la région, en passant par une analyse ADN bienvenue. Les faits s'imbriquent, doucement, la traque est en place, patiemment. Peut-être un peu trop lentement au goût de son commandant, forcément pressé par sa hiérarchie, par le ministère.

En parallèle, la compagne d'Humbert, Marianne, écrivain blessée par un autre drame crapuleux, se reconstruit dans sa ferme bouguignonne, auprès de ses juments. Elle reçoit justement la visite du maire, inquiet de ne pas avoir de nouvelles depuis deux jours, de sa femme, professeur. Une cavale, là aussi, sans laisser de mots. Marianne accepte d'en toucher un mot à son gendarme de mari...

Tout se met en place sans surenchère, les coups du hasard comme les conséquences dramatiques. Et Marie Vindy construit son récit, aussi, autour, donc, des violences faites aux femmes. Au premier rang, il y a l'épouse du gendarme tué : elle est prête à confier au journal local la vérité sur son mari violent ! Une bombe médiatique que le commandement de la gendarmerie s'efforce de désamorcer. Puis il y a Betty, la collègue gendarme, mutique mais dont on comprend qu'elle a eu à souffrir d'un homme.... Enfin dans un autre registre, cette épouse du maire, Solène, dans une violence différente, obligée de subir, soyons clair, la connerie de son mari, ripoux et alcoolo. Ces quelques esquisses féminines sont d'autant plus réussies qu'elles n'alourdissent pas le récit, ne dévient pas le roman de sa nature polar. C'est simplement une couleur supplémentaire, une perspective de plus.
Un petit bijou de littérature noire.

Cavale(s), Marie Vindy, ed. La manufacture de livres, 250 pages, 18 euros.

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