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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Jeudi Noir, quand Michael Mention rejoue France-RFA de 1982

Jeudi Noir, quand Michael Mention rejoue France-RFA de 1982

Le football comme un roman noir. Pourquoi pas ? Mais alors il faut que l'intrigue soit vraiment très bonne. Michael Mention a trouvé LE match noir, LE match pour se pendre... ou pour prendre les armes. Ce France-RFA de 1982 en demi-finale de la coupe du monde, à Séville. Ou comment 120 minutes et 22 gaillards parviennent à refaire ressurgir les démons boches, schleus, collabos. Les plus jeunes l'ont oublié mais ce match, cette défaite plutôt, a été si traumatisante qu'il a fallu que le chancelier allemand Helmut Khol et le président François Mitterrant mettent leur nez au milieu de toute cette émotion pour calmer le sentiment anti-germanique, jamais vraiment éteint dans l'hexagone. Donc Jeudi noir démarre à la première minute du match et emporte le lecteur jusqu'à la séance de penalties. Avec force anecdotes, paranoia et schizophrénie.

Entièrement écrit à la première personne, Jeudi noir chausse les crampons d'un joueur dont on ne connaîtra jamais le nom. Il est toute l'équipe de France, il est sa joie, sa tension, sa douleur. Une demi-finale de coupe du Monde, ce n'est pas rien pour un footballeur, surtout à cette époque où le football business n'était pas encore en place : l'auteur rappelle que Jean Tigana, le milieu de terrain, était facteur, que Maxime Bossis, le défenseur, aidait ses parents à la ferme... Mais ne tournons pas autour du pot, l'événement majeur de ce match, ce qui en fait toute sa sulfureuse légende, c'est l'agression du gardien allemand, Harald Schumacher, sur le Français, Patrick Battiston, en position de tirer au but, à la 56e minute. De ce fait de jeu, Michael Mention fait une fiction mentale intéressante, remuant tous les sentiments anti allemands, toute la haine sous jacente. Son personnage, devenu dingue, se met à chercher un collabo parmi les onze joueurs français. Barrant les noms au fur et à mesure de leur probité sur le terrain. Avec un doute, sur Didier Six, talentueux gaucher qui joue... à Stuttgart.

Jeudi noir peut s'apparenter à un exercice de style (très réussi) mais pour les nostalgiques, les amateurs d'histoire, il recèle, sur la base de plusieurs ouvrages et interviews, de bonnes infos sur les protagonistes de ce match. On y apprend ainsi que les Allemands étaient sous l'emprise de l'éphédryne (qui augmente l'agressivité), on en sait un peu plus sur la rivalité entre Platini et Tigana ou encore sur le choix des tireurs de penalties.

Après le merveilleux Rouge ou mort de David Peace, un deuxième roman sur le football. Et encore un livre sur une époque qui semble si loin.

Jeudi noir, Michael Mention, ed. Ombres noires, 190 pages, 17 euros.

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