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The killer inside me

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Littérature noire

Le météorologue : un homme simple dans l'enfer des purges staliniennes

Le météorologue : un homme simple dans l'enfer des purges staliniennes

En pleine Nature, on reconnaît un charnier, une fosse commune, à sa légère dépression, due sans doute à l'affaissement des chairs, des os. L'oeil averti notera aussi une végétation différente sur ces terres. C'est ainsi qu'a été retrouvé, en Carélie, le corps d'Alexéï Féodossévitch Vangengheim, le personnage principal du dernier roman d'Olivier Rolin (à rencontrer ce samedi 8 novembre à Bastia, au bar L'idéal, à partir de 16 heures), Le météorologue. Comme 750 000 autres citoyens de l'URSS, assassinés d'une balle dans la tête ou déportés dans les premiers goulags, sans aucun procès, il a été victime d'une des purges staliniennes, celle de 1937. Le roman s'appuie sur la considérable correspondance de ce scientifique avec sa femme et sa fille mais aussi sur le travail d'associations russes pour réhabiliter ces milliers de victimes. Un livre précis, documenté, qui frappe par la folie politique mais aussi par la conviction révolutionnaire, malgré l'arbitraire, de ces victimes.

Pour assurer le bon déroulement des plans quinquennaux agricoles, l'URSS a centralisé ses connaissances météorologiques, d'ouest en est. Et c'est Alexéï Féodossévitch Vangengheim qui en a la charge. Camarade ukranien exemplaire, bien que né de famille noble, il a pris très vite position pour la révolution. Humble, modeste, il a servi le parti sans jamais dévier, sans zèle intempestif non plus. Mais il va tout de même être dénoncé pour des activités subversives dans ses services... auxquelles il est totalement étranger visiblement. Interrogé à Moscou dans le redoutable immeuble de la Loubianka. En quelques heures, au mitan de ces années 30 paranoïaques, il est déporté aux îles Solovki, l'un des premiers goulags du régime, au nord de Léningrad...

Dans aucune de ses lettres, Vangengheim ne doutera de l'erreur qui le touche. Il sera l'un des rares à clamer son innocence. Auprès de ses supérieurs hiérarchiques mais aussi dans de nombreux courriers à Staline lui-même. Staline dont il confectionnera des portraits avec des pierres recueillies sur l'île. Cet aveuglement, cette foi dans la justice révolutionnaire est l'un des fondements de ce livre. Car si le régime s'attaque même aux plus fidèles de ses partisans, où est l'espoir ? Les derniers instants du météorologue sont terribles, imparables et rappellent, évidemment, des schémas que l'on retrouvera quelques années plus tard dans l'Allemagne nazie.

Il y a également un enseignement important sur les conditions de vie dans ce goulag. Plus de 30 000 livres se trouvent dans la bibliothèque de cet ancien monastère, devenu patrimoine de l'Humanité. Les jours de Vangengheim s'étirent entre son travail de bibliothécaire et un peu de jardinage. Loin des chantiers mortels d'autres goulags comme celui tout proche qui consiste à creuser un canal dans cette mer gelée, dans des conditions cataclysmiques.

Enfin, il y a le regard d'Olivier Rolin, quasi scientifique, s'appuyant sur les faits. Avant de se " lâcher " et d'évoquer la révolution russe, l'une des seules avec la Révolution française, à avoir eu un caractère universel et qui a fini par s'achever dans le sang de son propre peuple. Si le rêve d'une société plus juste s'est petit à petit effondré dans le monde occidental, c'est aussi à cause de ses massacres injustifiables. Olivier Rolin s'en veut d'avoir crû à un moment à l'utopie d'un monde enfin différent, d'un monde plus égal. Il en veut aussi à ces intellectuels français (Aragon est abondamment cité) qui n'ont pas vu, n'ont pas voulu voir toute l'horreur de Staline.

Un livre historique passionnant et accablant, sur une époque pas si lointaine et qui a modelé, pour partie, le monde d'aujourd'hui.

Le météorologue, Olivier Rolin, ed. Seuil, 224 pages, 18 euros.
 

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