Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Patrick Deville, le Mexique, les voyages, l'écriture littéraire... et le vin blanc

Patrick Deville, le Mexique, les voyages, l'écriture littéraire... et le vin blanc

Le festival Arte Mare, à Bastia, se consacre essentiellement aux cinémas de la Méditerranée. Mais il conserve, à travers le Prix Ulysse, un fort penchant pour la littérature, les fameux grands auteurs (même si Patrick Poivre d'Arvor, au palmarès en 2010 n'est pas de cette trempe-là) comme Tahar Ben Jelloun, Jorge Semprun, Erri de Luca et cette année, Patrick Deville. Un café et quatre cigarettes seront nécessaires pour que l'auteur et l'homme se livrent... (Photo Océane Baldocchi)

Est-il vrai que Viva (sorti au Seuil) trottait dans votre tête depuis dix ans ?

Trotter ce n’est pas le mot que j’emploierais. J’ai décidé il y a très longtemps de faire un livre mexicain. Mais je ne me suis pas pressé. Quand j’ai écrit Pura Vida, en 2003, je voulais surtout éviter de parler du Mexique, donc il commence au Guatemala, descend au Venezuela, en passant par Cuba. Si j’avais parlé du Mexique j’y serais encore... Par contre dès que Pura Vida a été fini, j’ai commencé à séjourner au Mexique, à raison d’une ou deux fois par an, en rencontrant des écrivains, en lisant tout ce qu’il y avait lieu de lire. Il y a toujours trois moments dans un livre : le plus long est le premier, c’est la recherche, les notes de voyages, les notes d’intention. Ensuite il y a la construction qui dure quelques mois. Puis l’écriture, qui n’est que la pointe de l’iceberg et dure deux mois.

Faire cohabiter, dans Viva, Trotsky et Malcolm Lowry, l’auteur d’Au-dessous du volcan, c’était une évidence ?

Cela m’a en tout cas sauté aux yeux. Le Mexique des années 30 était bouillonnant. Depuis la Révolution et jusqu’au président Cardenas qui nationalise le pétrole et sauve Trotsky... Il y a dans le roman beaucoup d’autres personnages qui se croisent. Aujourd’hui il me semble que le Mexique va de pire en pire. Je le raconte un peu à la fin mais les cartels sont une sorte de système mafieux, sauf qu’eux sont en guerre ouverte avec une artillerie lourde ! L’un d’entre eux est carrément issu d’une unité de la police qui luttait contre les cartels justement ! Pour ma sécurité d’ailleurs j’ai dû avoir un garde du corps, notamment lorsque j’allais à Tampico, en prenant bien soin de ne jamais rester très longtemps.

Il a été murmuré que Viva serait la fin de votre cycle historique ?

Ah... ce n’est pas la première fois. Peut-être parce que certains en ont assez de ces livres ! Mais non. La première trilogie a été rassemblée sous le nom Sic transit. Avec Viva, je suis à la moitié de la deuxième trilogie. J’ai dans ma tête bien plus qu’un ou deux livres ! Dans ma logistique je me dois d’être très organisé. En ce moment je séjourne dans des pays pour des livres qui sortiront dans plusieurs années. Je ne veux pas me fixer un rythme d’un livre tous les deux ans, je risquerais de ne pas être raccord avec mes projets. Je veux aussi prendre le temps de vivre, de voir mes amis. L’intérêt de voyager comme je le fais, c’est de vivre plusieurs vies. Aujourd’hui la page mexicaine est définitivement tournée. Je n’irai vraisemblablement plus là-bas même si j’y ai des amis. D’autres pays m’attendent.

La Polynésie ?

Oui. Je suis déjà allé plusieurs fois à Papeete et dans d’autres îles. Les distances, y compris entre les îles, sont conséquentes ! J’essaye en plus de varier : un coup le bateau, un coup l’avion. Cela me fait rire quand on me parle de l’uniformisation de la planète : ce sont les discours de ceux qui font des réunions dans les aéroports et descendent toujours à l’hôtel Mercure ! Je peux vous dire que pour ma part, chaque fois que je change de destination je suis quelqu’un d’autre, on s’adapte et c’est tout le temps différent.

En 2012, pour La peste et le choléra, vous aviez raté le Goncourt qui est allé à Jérôme Ferrari. Est-ce grave ?

Je l’ai raté d’une voix. J’avais eu le Femina juste avant... Ce n’est pas un objectif heureusement, mais qui se plaindrait de recevoir le Goncourt, c’est évident que cela aide à vendre des livres.

Êtes-vous d’accord sur le fait que trop de livres sortent chaque année ?

Je ne peux pas dire oui. Parce que s’il y en avait moins, les miens seraient peut-être parmi ceux-là. Objectivement, il y a eu un peu moins de livres à cette rentrée, environ 600... C’est une guerre du centimètre carré, avec une batterie d’articles de presse. Ce qui est grave c’est pour un premier roman, lorsqu’il passe inaperçu.

Vous qui avez étudié la littérature, pensez-vous que l’on puisse enseigner l’écriture de romans comme aux USA, avec le creative writing ?

Après la littérature, j’ai aussi étudié la philosophie pour devenir professeur, comme Ferrari. Mais enseigner l’écriture, c’est une foutaise. Il y a un risque de standardisation. L’intérêt de la littérature justement c’est qu’il n’y a pas de diplôme, c’est une activité complètement libre, ce n’est pas un métier, il n’y a pas de patente. A la différence du cinéma qui nécessite de l’argent, du matériel, là avec un simple stylo et une feuille... C’est juste du travail et avant tout de la lecture. L’écriture commence par là. Il faut lire notamment pour apprendre à ne pas écrire ce qui a déjà été fait. Voilà : de la lecture, de la pensée et de la vie !

Comment est née cette volonté de voyager ?

Je voulais devenir écrivain depuis l’enfance. Mon père faisait du théâtre, j’ai eu ce genre d’éblouissement avec des textes mis en scène. Ensuite, à l’adolescence j’ai lu de la science-fiction. Comme Emmanuel Carrère, qui a le même âge que moi, et a fait sa thèse sur Philippe K.Dick.Ensuite j’ai lu les classiques et surtout Conrad. Mais j’ai toujours eu cette envie de voyager... Qui ne l’a pas ? Cela n’a rien à voir avec le fait que je sois de Saint-Nazaire, les bateaux tout ça... Dans l’écriture l’aventure m’intéresse, les explorateurs, l’aventure politique, l’aventure littéraire aussi. A titre personnel, je n’ai rien d’un explorateur. Et puis il n’y a plus beaucoup de fleuves à découvrir.

Vous vous enfermez toujours pendant deux mois pour écrire, dans une chambre d’hôtel ?

Ou un studio, comme c’était le cas à Mexico pour Viva. Avec juste du vin blanc et du fromage dans le frigo. Cette fois-ci c’était trois mois mais j’avais vraiment tout en tête. Cela mûrit depuis si longtemps. Dans la construction j’avais tous mes titres de chapitres. Il ne me restait plus qu’à ouvrir les vannes, j’avais tellement fait de rétention que cela coulait, je savais où j’allais. Aujourd’hui encore je peux réciter de mémoire Viva. Et même des passages de La peste et le choléra, tellement je les ai tournés dans ma tête.

Vous présidez la Maison des écrivains étrangers et traducteurs. Ces derniers sont-ils reconnus à leur juste valeur ?

Peut-être estiment-ils que non mais ils ont quand même un cadre qui les protège en France. Avec un tarif de traduction de 23 euros minimum par feuillet. En Italie ou en Espagne, on tombe de suite à 15 euros et si vous ne faites pas attention, parfois c’est bâclé. Donc, normalement en France, c’est encore assez protégé.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article