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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Grossir le ciel : une perle noire dans le rude hiver des Cévennes

Grossir le ciel : une perle noire dans le rude hiver des Cévennes

Voilà. On tient peut-être le meilleur roman noir français de 2014. Peut-être car on n'a évidemment pas tout lu dans la production de cette année. Mais Grossir le ciel de Franck Bouysse, par son originalité, la puissance de ses mots, la construction de son intrigue s'impose comme un roman de premier ordre. Pour tous ceux qui aiment le noir bien sec, leur café serré et sans sucre, Grossir le ciel a les apparats de la petite perle dans la production formatée actuelle. L'histoire ? C'est celle de Gus, éleveur bovin, sur les hauts plateaux des Cévennes. C'est l'hiver. Il neige. Il fait carrément très froid. Pour se réchauffer Gus n'a guère que son chien. Et Abel, son plus proche voisin. Un après-midi, Gus décroche son fusil et décide de tirer quelques grives dans le champ tout proche. Mais tout ne va pas se passer comme prévu...

" Sa terre, Gus ne savait pas ce qu'elle deviendrait quand il serait mort et, pour tout dire, il s'en foutait, mais tant qu'il serait de ce monde, il se bagarrerait pour la garder et l'entretenir avec respect, comme les Indiens avaient toujours fait avec la leur, jusqu'à la mort. " Ce Gus, quadragénaire, solitaire, célibataire, n'allant au village qu'un jour par semaine pour s'approvisionner, est-il pourtant un indien ? Si c'est un taiseux, son univers intérieur est riche : il se désole de la mort de l'abbé Pierre, éprouve une affection sans borne pour son chien et sait bien ce qu'il faut penser à la fois des conseillers bancaires ou des Témoins de Jéhova qui grimpent jusque chez lui. Mais, comment faire quand on a eu un père trucidé par sa propre mère à coup de fourche, une mère suicidée, un grand-père tuée par un taureau... ? Il y a des traces. Et le vieil Abel, s'il est un solide partenaire, a, lui aussi, sa part d'ombre.

La prose de Franck Bouysse se cale parfaitement dans l'ambiance de ces Cévennes austères, rudes, un brin miséreuses. Chaque situation sent le café, le chien mouillé, le veau sous la mère ou encore la poudre. L'auteur a une vraie capacité à faire ressentir avec beaucoup de finesse, tant la solitude, qu'une forme de colère contre cette société que le monde paysan comprend trop bien. Car, pour Franck Bouysse, il ne s'agit pas seulement d'une intrigue, d'un roman noir, il faut parler, aussi, de cette ruralité qui vit ses derniers souffles : emportée par l'industrialisation des méthodes d'élevage, laminée par ceux qui ne rêvent que de gîtes ruraux. Loin des décors urbains du roman noir traditionnel, Bouysse parvient à faire frissonner son lecteur avec, seulement, la préparation d'une omelette ! Extraordinaire.

Grossir le ciel, Franck Bouysse, ed. La manufacture de livre, 199 pages, 16, 90 euros.

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