Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Dieux de la pluie : James Lee Burke est grand... même sans Dave Robicheaux

Dieux de la pluie : James Lee Burke est grand... même sans Dave Robicheaux

Le mal, la grâce, la rédemption... ce n'est pas à 78 ans que l'on va refaire James Lee Burke, l'un des plus grands auteurs américains en vie. Pourtant Dieux de la pluie n'est pas une aventure de Dave Robicheaux (ni de ce doux dingue de Clete Purcelle). Le lecteur ne se retrouve pas à New Iberia, Louisiane, mais plus à l'est : au sud-ouest du Texas, à quelques kilomètres de San Antonio, au milieu de nul part, dans la fournaise de l'été. James Lee Burke reprend ici un personnage laissé en 1971 dans Déposer glaive et bouclier : 40 ans plus tard quasiment, son Hackberry Holland, lointain descendant du Son Holland de Texas Forever, est devenu shériff. Avec une sacrée énigme sur les bras : découvrir qui a tué et enseveli neuf jeunes filles asiatiques.

Les premières pages de ce polar transpirant donnent le tempo : Dieux de la pluie, c'est de la tension mais aussi de la gêne, un sentiment de désordre, de déséquilibre. Parce que Pete Flores, jeune soldat revenu en pièces (psychologiquement) de la guerre en Irak a été embarqué dans cette vilaine histoire de kidnapping de filles à bordel, des filles qui, il ne le savait pas, faisaient aussi office de mules, avec quelques pochons bien garnis d'héroïne dans le bide. Le patron de night-club qui a commandé l'opération ne voulait pas que l'opération se termine dans le sang, il voulait " juste " s'en prendre à un vieil ennemi. Lequel a retourné un homme de main, qui, lui-même, a négocié le business avec le Prêcheur, un vrai méchant à la Burke, bien barré dans des histoires de Livre Saint. Un Mal incarné. " Les nazis n'étaient pas des idéologues. C'étaient des brutes, des saccageurs de civilisation. Leur éthique était aussi simple que ça. Hackberry avait le sentiment d'être entré dans une époque où les gangs qui vendaient du crack à leurs semblables et tiraient des coups de feu depuis une voiture avec des armes automatiques étaient traités comme des icônes culturelles. Dans le même temps, des motards blancs hors-la-loi faisaient passer de la meth dans chaque ville des Etats-Unis. Quand ils tombaient, c'étaient uniquement parce qu'ils étaient assassinés par des gens de leur sorte. Ils étaient comme des créatures sorties d'un scénario de Mad Max."

Et c'est à Hackberry Holland de démêler l'écheveau. Un shériff pas loin, évidemment, du personnage de Dave Robicheaux mais avec, on imagine, un tempérament plus offensif malgré son grand âge, un cow-boy à la façon Clint Eastwood dans Impitoyable. Lui a fait la Corée. Et il en garde des cauchemars, des visions d'enfermement dans un trou, avec un garde chiourme venu lui pisser dessus, lui jetant quelques têtes de poisson en guise de repas...

James Lee Burke n'a pas son pareil pour alterner les passages de pure contemplation de la Nature et des scènes millimétrées de violences, à grands coups de Colt 45 (ouah, ce flingage dans les toilettes du dinner !). On retrouve encore l'émotion propre aux personnages de l'auteur, cette violence, jamais gratuite, qui suinte, cette envie de sauver les femmes, et puis ces démons des guerres américaines, cette méfiance envers les officines d'Etat et le péché originel (qui a fait fuir ces fameux Dieux de la pluie)... Un James Le Burke époustouflant. Un troisième tome est prévu pour cette saga Hackberry Holland.

Dieux de la pluie, James Lee Burke, édition Rivages, 522 pages, 21, 50 euros.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article