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The killer inside me

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Littérature noire

Les nuits de Reykjavik : quand Erlendur, déjà, s'occupait des plus faibles

Les nuits de Reykjavik : quand Erlendur, déjà, s'occupait des plus faibles

L'Islande. Ses fjords. Ses geysers. Sa politique exemplaire. Mais aussi ses SDF ! En revenant aux premiers pas de son policier Erlendur, au commissariat de Reykjavik, Arnaldur Indridason dévoile la vie des miséreux de la capitale islandaise. Les nuits de Reykjavik se sont celles de ces nombreux clochards, qui se battent littéralement pour leur survie au milieu de température bien souvent négatives, dans une ville battue par le vent et bien sûr la neige. Une existence tellement chaotique que le lecteur, frappé, se demande pourquoi il pensait, auparavant, que les SDF ne pouvaient exister sous une telle latitude. C'est vrai : quand on pense à l'Islande, forcément, on se dit que personne ne peut imaginer vivre dehors. Indridason, dans sa prose chaude pour le coup, nous raconte que c'est pourtant bien le cas.

Erlendur a une vingtaine d'années dans Les nuits de Reykjavik. Il est entré dans la police de proximité après s'être longtemps cherché. Cet été là, il travaille dans la patrouille de nuit avec deux jeunes embauchés pour la saison. Leur quotidien, ce sont les bagarres d'alcoolos, les accidents d'alcoolo et les alcoolos qui frappent leur femme. Sur ce dernier sujet, l'auteur islandais montre encore toute sa détresse et sa colère, dans le cas notamment d'une épouse régulièrement battue, poussée à bout. Mais Les nuits se sont aussi donc les sans domicile fixe, errant sur les places, prenant le soleil la journée, carburant à l'alcool à 70°, se frictionnant à l'occasion et cherchant un toit, le soir venu. Dans ce contexte de quart monde, Erlendur s'interroge sur Hannibal, retrouvé noyé dans un canal, à quelques mètres du caisson en ciment qui l'abritait. Rien n'indique un meurtre, encore moins un assassinat. Mais bon, il est comme ça : il ne supporte pas que les faibles, les fragiles soient ainsi maltraités. Et puis les disparitions, le lecteur le sait, c'est son dada, son mantra, son cauchemar également.

Après une aventure avec Sigurdur Oli (La muraille de lave), un Livre du roi, pas génial et Le duel, Arnaldur Indridason revient à son personnage fétiche, avec toute l'humanité qui le caractérise, la délicatesse, la dissection minutieuse des failles humaines. Point de course poursuite, de fireguns, mais des dialogues parfaits, une intrigue maîtrisée et un cheminement qui touche parfois à la réflexion philosophique, notamment dans les longues marches que s'imposent Erlendur.

Les nuits de Reykjavik, Arnaldur Indridason, ed. Métailié, 260 pages, 20 euros.

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