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The killer inside me

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Littérature noire

Cry Father : l'Amérique, les pères, la dope et la castagne par Benjamin Whitmer

Cry Father : l'Amérique, les pères, la dope et la castagne par Benjamin Whitmer

L'Amérique des délaissés, ce n'est pas vraiment une nouveauté dans la littérature. Disons que, depuis Steinbeck, c'est même une des forces du roman US, savoir ainsi parler du rêve américain, à l'envers. Benjamin Whitmer est un jeune auteur du Colorado, remarqué l'an passé pour son Pike. Il récidive avec Cry Father, histoire d'hommes, en marge, en retrait de la société et pourtant au regard si acéré sur leur pays. Il y a Patterson, qui n'a jamais digéré la faute médicale qui a entraîné la mort de son fils. Depuis, il assiste aux dégâts des ouragans à travers le pays, s'efforçant, avec sa tronçonneuse, de déblayer ses lieux de dévastation. Plus qu'une symbolique.... Et puis il y a Junior, jeune père, dealer de dope. Junior, fils d'Henry, voisin et ami de Patterson, sur les hauts plateaux du Colorado. Trois hommes qui portent la violence en eux...

Patterson va d'abord s'interposer entre Junior et Henry. Puis se lier petit à petit avec le premier. Leur quotidien est fait de cuites, de magouilles plus ou moins importantes. Mais c'est aussi, et surtout, une affection qu'ils ont du mal à offrir. Patterson avec son ex-femme, mère de son fils disparu. Celle-ci a refait sa vie, avec un nouvel enfant, souhaite poursuivre en justice le médecin responsable de la mort de premier fils... et voudrait que Patterson apaise sa colère intérieure. Junior, lui, n'a jamais digéré les roustes de son paternel, du coup, il s'en prend volontiers à lui désormais... La mère de sa petite fille, et celle-ci, il les voit par intermittence, refusant d'habiter avec elles. Au-delà de la vision de cette Amérique intérieure (dans les superfund, ces sites ultra-pollués et pourtant habités), c'est ce rapport que Whitmer ausculte, cette sacro-sainte famille ricaine, cette institution du pays... qui semble bien moins solide que le droit à porter une arme. Car, dans Cry Father, il y est question de flingues aussi, de grosses bastons sous coke, sous meth.

A un rythme incroyable, Benjamin Withmer manie une langue rock, collant idéalement bien sûr à son histoire. Surtout il en fait des tonnes et il y a un côté cathartique à sa violence, le lecteur se vide littéralement. Avec des passages incroyables sur cette société et ses présumées libertés. En y repensant, il y a quelque chose d'Easy Rider dans ce Cry Father...

Cry Father, Benjamin Withmer, ed. Gallmeister, 315 pages, 16, 50 euros.

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