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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Là où vont les morts : immersion dans la pègre de Glasgow

Là où vont les morts : immersion dans la pègre de Glasgow

Deuxième roman de Liam McIlvanney, fils du grand William McIlvanney auteur de la superbe série de l'inspecteur Laidlaw au début des années 80 (rééditée ces jours-ci par Rivages). Comme son paternel, Liam situe son action à Glasgow, ville merveilleuse pour qui aime le polar. Bien plus retorse, perverse et prolétaire que la touristique et chic Edimbourg (oui, certains ne seront pas d'accord). Dans Les couleurs de la ville (Métailié, 2010), le journaliste Gerry Conway se trouvait aux prises avec des anciens miliciens loyalistes et leurs amis de la pègre locale. Comme l'ultime réplique sismique des Troubles irlandais. Avec Là où vont les morts, Conway réapparaît, reprend, un peu contre son grè, sa plume et enquête sur son ami chroniqueur de faits divers, découvert suicidé d'une bien étrange manière... Malversations, menaces, secrets, flingage... Du polar pur jus. Pas le roman du siècle évidemment, mais bien tourné, avec ce qu'il faut de zones d'ombres, d'hommes politiques comme on les aime, de vie familiale bouleversée...

Parce que lorsque ce journaliste est retrouvé suicidé, Gerry Conway se souvient que le Martin Moir en question était un de ses meilleurs amis. Que c'est lui, Gerry, qui l'a introduit au Tribune. Et puis Gerry connaît la femme de Moir, il est même parrain d'une de ses filles. Les liens se sont distendus par la suite, comme souvent quand des chemins s'éloignent. Mais pourquoi se serait-il suicidé ? Et pourquoi Gerry découvre-t-il dans son téléphone portable, que sa fille lui avait piqué, un texto d'adieu, dans ce langage d'abréviations que Moir détestait ? Conway reprend la chronique des faits divers avec également le meurtre d'un joueur de foot amateur, bras droit d'un des caïds de Glasgow. La guerre des gangs va-t-elle redémarrer ? Les politiques et les hommes d'affaires brûlent un cierge pour que ne soit pas le cas : la ville doit bientôt reçevoir les Jeux du Commonwealth et les appels d'offres sont justement en train d'être passés... Appels d'offres, le mot magique, le sésame, de toutes les mafias de la planète. Gros chantiers, de démolition, de reconstruction, de sécurité sont à pourvoir dans cette ville structurellement pauvre. Gerry Conway découvre quelques lièvres et hésite entre honorer la mémoire de son père, grand lecteur du Tribune, et le cynisme propre à tous les journalistes du XXIe siècle, étouffés par la chasse aux faits divers, aux scoops de bas étage.

Là où vont les morts est un peu en-dessous du premier opus mais cela reste très bien construit, l'intrigue tient parfaitement la route, le mélange de vie d'un journal et monde politique est intéressant. Et le final reste maîtrisé. Pour ne rien gâcher, Gerry Conway se régale du whisky d'Islay et de café Blue Mountain. Un homme de goût non ? Et puis c'est Glasgow bon sang, on aime Denise Mina, Christopher Brookmyre, Malcolm MacKay... et le Celtic !

Là où vont les morts, Gerry Conway, édition Métailié, 346 pages, 20 euros.

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