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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Laidlaw : les premiers pas du polar à la façon écossaise

Laidlaw : les premiers pas du polar à la façon écossaise

Heureuse idée des éditions Rivages de rééditer les trois premiers tomes de la série Laidlaw, parus à l'époque dans le désordre (confidence vespérale de l'éditeur himself). William McIlvanney, toujours vivant - que le Très Haut lui donne force et vigueur encore quelques années ! - est parait-il à l'origine du mouvement appelé Tartan Noir par les journaux britanniques. Créée en 1977, la saga de l'inspecteur Laidlaw peut ainsi passer pour la matrice des oeuvres de Rankin, Mc Dermid ou, plus récemment, Denise Mina. La particularité, c'est que j'ai découvert les McIlvanney, par le fils, Liam (gros effort sur les prénoms...) et son premier polar Les couleurs de la ville puis Là où vont les morts, chroniqué là. Donc voilà le décor. Et pour tout dire, Laidlaw, la première aventure, mérite largement d'être remis au goût du jour.

Jennifer Lawson n'est pas rentrée chez elle. Son père, ce gros rustre, cogneur et protestant borné, s'inquiète. Mais comme un papa affectueux, plutôt comme celui à qui on a désobéi. Pour tout dire, le vrai con. Et sa fille, hélas, il ne la verra plus, assassinée par un maniaque sexuel... C'est là que Jack Laidlaw intervient évidemment. Pressé de mettre la main sur le détraqué en question, avant le père Laidlaw mais avant, aussi, la pègre locale qui ne peut se permettre de laisser errer un dingue dans ses rues. C'est tout un monde de pauvres gens que Laidlaw va croiser pour obtenir des petits bouts de renseignements, des pistes. Des bonhommes prêts à se battre ou à vider des pintes, peu importe l'ordre. " L'homme à la cicatrice dépasse le Seven Ways et le Square Ring, en roulant. Pour lui, ce n'était pas seulement des pubs. Ils faisaient partie de son étrange horoscope personnel, de toutes ces choses qui l'avaient aidé à devenir ce qu'il était. Il n'y pensa pas en passant. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas mis les pieds dans l'un et l'autre pub, mais ça n'avait pas d'importance. Six jours par semaine, il fabriquait de la bagarre et de la gueule de bois, puis ils livraient la marchandise dans les rues, passé 22 heures, entretenant ainsi ce climat confus qui était son environnement naturel. " Le lecteur traîne dans le Glasgow des 70's, pas vraiment riche, loin de là. Une micro société de prolos, d'alcoolos. Où les femmes, finalement, semblent les plus courageuses. Telle Jennifer qui, avant sa mort, défia son père, en sortant avec un catholique.

Laidlaw, lui, ne croit pas que l'assassin de Jennifer soit un monstre. Dans sa théorie, la vie n'offre pas plus de monstres que de fées. Il développe ainsi une certaine compassion pour les fous, les dérangés, les brisés de cette société. McIlvanney, désireux de partager ses convictions sociales, offre à son inspecteur un très bon miroir en la personne de Harkness, jeune flic, pressé d'apprendre le job. L'auteur a une plume qui résiste aux années et parvient même à glisser quelques bonnes rasades d'humour noir, comme ce dialogue : " - Et alors comment vas-tu ? - J'suis en train de crever. A part ça, ça va. - C'est le cancer, j'ai entendu dire ? - C'est aussi c'que j'ai entendu dire. - C'est quel genre de cancer ? - Le genre qui tue. - On ne t'a pas laissé d'espoir ? - C'est du quatre contre rien, départ dans deux minutes. - Bon, ça nous arrivera à tous. Notre tour viendra. - Si vous voulez, j'vous file mon tour. Cela m'dérange pas d'attendre. "

Du polar classique et virtuose comme on les aime. A noter que Les papiers de Tony Veitch (chroniqué par Yan) et Etranges loyautés viennent donc également d'être réédités.

Laidlaw, Liam McIlvanney, 314 pages, 7, 50 euros.

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