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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Un McCallan avec DOA, un Campari Perrier avec Laurent Chalumeau

Un McCallan avec DOA, un Campari Perrier avec Laurent Chalumeau

Deuxièmes rencontres littéraires Una Volta Dui Mondi ce week-end à Bastia, dans les magiques jardins suspendus du musée. Invités : Jérôme Ferrari, Maylis de Kerangal, Patrick Deville, Jean Rolin, Simonetta Greggio, Pete Fromm, Pauline Dreyfus, DOA, Laurent Chalumeau... Des moments de discussions , des questions de lecteurs et puis, toujours, l'envers du décor. Des dîners qui s'éternisent sur la place du Marché, avec des établissements qui ferment leurs rideaux métalliques et cinq ou six personnes, libraires, auteurs, journalistes, qui papotent, qui hurlent, qui rient... et qui racontent tout et n'importe quoi. Extraits. (Photos, copyright Thomas Silvert)

Comme je lis que DOA aime le whisky Laphroaig et que je suis un gros fan de whisky d'Islay, avant même l'heure de l'apéro, je le tente, " on va se boire un McCallan après ? " L'auteur de Pukhtu acquiesce. Mais ce n'est pas l'heure. Il faut d'abord aller dîner. Et puis, on ne se connaît pas encore... A table, Laure Limongi, auteur (Anomalie des zones profondes du cerveau, chez Grasset, à la rentrée), éditrice et animatrice de la rencontre avec Maylis de Kerangal, explique son travail au Havre : " je dirige le master de création littéraire. C'est une nouveauté. On essaye que les étudiants acceptent de parler d'eux-mêmes, sortent de cette timidité que l'on peut avoir. " Je lui dis que c'est drôle, j'avais posé la question à Patrick Deville cet automne sur ce sujet, il affirmait qu'écrire, cela ne pouvait s'apprendre à la fac. Laure répond : " les Américains, les Canadiens, les Sud Américains, les Anglais aussi et d'autres européens ont ce genre de programme. Il ne s'agit pas de sortir seulement des promotions entières d'écrivains, nous ne sommes pas naïfs. Mais après tout, l'écriture scénaristique s'apprend depuis des années. On a cette espèce d'approche bourgeoise de la création littéraire en France, c'est pesant. "

A ma droite, sous l'effet combiné d'un rosé frais et d'une température anormalement élevée, la conversation s'anime. Laurent Chalumeau, présent pour Elmore Leonard, un maître à écrire (Rivages), est en pleine forme : " Radiohead, c'est de la musique de c... Qui a jamais demandé que la musique ressemble à cela ? " Il se tourne vers moi : " vous, vous aimez Radiohead ? " " Non... moi en head, il y a d'abord Motorhead ! " " Voilà, c'est mieux " Sébastien Bonifay, libraire organisateur s'enflamme à son tour, " les dernières années de Rock&Folk m'ont désespéré, ça me mettait presque en colère ! " DOA parle du grand Jimi Hendrix, Chalumeau demande " qui à jamais écouté un album d'Hendrix en entier ? C'est chiant disons les choses comme elles sont. Alors que Stevie Ray Vaughan, c'est magique. Et Jimmy Vaughan alors !? Il vous sort une note, une seule, il la tord un peu, elle devient épaisse comme de la béchamel... pffioouuu. " On se chamaille. Et on se ressert une tournée. On en vient à parler de House of the rising sun, chanson pompée dans le patrimoine traditionnel américain. Et puis aussi Led Zep, attaqué par Howlin Wolf ou Sonny Boy Williamson, on commence à ne plus savoir exactement... Tout cela étant partie de l'affaire Macé-Scaron : " en plus, il a copié texto des passages d'un auteur que j'idôlatre, Bill Bryson, hurle Sébastien Bonifay ". A ma gauche, Pierre Negrel, également libraire aux Deux Mondes, organisateur, se moque une fois de plus de Philippe Djian et de son Love Song, il cite, de mémoire, quelques extraits et manque de faire étouffer de rires Maylis de Kerrangal. Les bouteilles passent. " Et quand est-ce que l'on boit ce McCallan ? " Direction, 50 mètres de là, le Bar L'Idéal : une table accueille le dernier carré d'insomniaques. Chalumeau commande un truc bizarre : Campari Perrier. Soit. " Tu sais si tu aimes le whisky, il faut que tu goûtes le Mortlach Very Cloudy, chez Signatory Vintage, me conseille DOA. C'est le caviste en bas de chez moi qui me l'a fait connaître et c'est extraordinaire. " Je lui répète ma fidélité au whisky d'Islay, que le McCallan, même si c'est bon, c'est parce qu'il n'y a rien d'autre. " Oui mais le Mortlach, c'était le whisky préféré de Churchill ! Tu dois essayer. Si tu n'en trouves pas, tu m'appelles, je demande à mon caviste de faire quelque chose. Moi aussi, je suis fidèle en whisky, d'ailleurs le Laphoraig de Signatory Vintage est une tuerie ! " Ensuite la discussion perd forcément de son sel. On parle de série télé, Chalumeau et moi-même avons un faible pour True Detective (vraiment clivante cette série !), tandis que DOA affirme " le réalisateur est un génie mais il ouvre plein de portes qu'il referme sans justification, c'est insensé ! " Sébastien Bonifay assure que Matthew McConaughey est une copie de Gérard Darmon dans Qui a tué Pamela Rose ?! On en revient à Twin Peaks, le myhe inégalé et Chalumeau raconte qu'à cette époque aux Etats-Unis, les cinémas, les restos tiraient la gueule parce que les Américains étaient scotchés à leur petit écran.... Côté cinéma, Chalumeau, toujours, confie qu'il n'y va plus du tout. Juste pour voir les films de ses potes : " je vais à la séance de 22 heures, quand il n'y a personne. Surtout pas aux avant-premières. Ensuite j'envoie un texto au copain en question. C'est rare que je m'enflamme. Exception faite de Jacques Audiard, qui est un ami, et dont j'adore le cinéma, vraiment. " On rit tout de même du dernier Mad Max, film orgasmique, sans scénario.

La nuit avance et Chalumeau se confie : " putain vous êtes les papes ici... Je suis Parisien jusqu'au bout des ongles mais je sais que je peux compter les étés qu'il me reste sur le doigt de mes mains, les orteils de mes pieds. Et j'ai vraiment envie de me rapprocher de la mer. " DOA lui avoue qu'il aimerait bien faire un roman sur un personnage sulfureux de la seconde guerre mondiale (on ne balance pas tout, voyez). " C'est un personnage terrible, reconnaît-il... je vais voir si j'ai le temps après le 2e tome de Pukhtu. " Il est près d'une heure, les bars nettoient leurs terrasses. On propose à tout le monde de rentrer à l'hôtel sur nos scooters ! Pas fous, ils préfèrent la voiture de notre confrère Antoine Albertini...

Le lendemain, tout le monde était frais (ou presque) et dispo pour de cool moments d'échanges. Belle édition encore.

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