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The killer inside me

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Littérature noire

De l'orage dans l'air : Carl Hiaasen, cet autre auteur cinglé de Floride

De l'orage dans l'air : Carl Hiaasen, cet autre auteur cinglé de Floride

Paraît qu'il y aurait battle pour le titre d'auteur le plus destroy de Floride ? D'un côté Tim Dorsey et son personnage de Serge A. Storm. De l'autre, Carl Hiaasen et sa galerie de branquignoles, escrocs à la manque, débiles profonds. Après avoir récemment tâté du premier, à l'occasion de la sortie de Torpedo Juice, et après en avoir goûté le savant mélange à base de psychotropes et de moustiques, place donc à De l'orage dans l'air, du sieur Hiaasen, sorti, tout de même, en 1999 !

Un publicitaire new-yorkais qui filme les ravages d'un cyclone pendant sa lune de miel. Un escroc débile qui fait dans l'arnaque à l'assurance après un trafic de petits pots pour bébés. Un ancien gouverneur, à l'oeil en verre, qui se transforme en eco-warrior. Un pdg de marque de cigarettes qui se fait injecter du sperme de mouton pour lutter contre son cancer... Voilà du beau monde pour alimenter cette chronique acide de la Floride, des keys là aussi, comme chez Dorsey.

On a donc Niaqueur, escroc crétin à un point que c'est difficile à écrire, acoquiné à Edie Marsh, belle petite gonzesse qui, à défaut de se taper un fils Kennedy pour être peinarde, imagine une arnaque à l'assurance après le passage du cyclone. Pas de bol, ils vont tomber, d'abord, sur un vendeur de mobil-home, qui, lui, a escroqué la moitié du comté en vendant des cahutes supposées résister à tous les vents. Pendant ce temps, le mari publicitaire s'est fait attaquer par un singe alors qu'il filmait une maison détruite, puis comme si cela ne suffisait pas, enlever par l'ex-gouverneur, choqué par le cynisme du type. Tout l'enjeu va donc être de retrouver ce publicitaire.

Carl Hiaasen n'y va pas à reculons : ces personnages sont tous malades mentaux... mais diablement authentiques. L'auteur verse dans l'exagération avec jubilation, pourtant, il sait, et on sait, qu'il n'est jamais très loin de la folle vérité. Il s'amuse juste à les mettre bout à bout, pour former comme un maelstrom de psychopathes. Au détour d'une phrase, d'une situation, il glisse un détail... et le lecteur se retrouve à rire comme un benêt. Du genre, " Une fois déjà, la femme d'Avila avait u le visage de la Vierge Marie dans une crêpe aux arbouses... " ! Ce personnage d'Avila est d'ailleurs doté d'un fort potentiel zygomatique, avec ses sacrifices à Chango, la divinité cubaine.

Donc un vrai régal, beaucoup de dérision et de cynisme aussi sur l'état du pays, l'état de la Floride, devenu un bronze-cul de retraités, où les margoulins du bâtiment semblent plus nombreux que les palmiers. Le livre ne se prive ainsi pas d'une vraie approche politique. Alors, battle ? Oui, c'est certain, Dorsey et Hiaasen opèrent dans la même veine, sur le même territoire. Mais si le premier semble attaché aux pas de son héros, Hiaasen offre toute une palanquée de personnages vraiment croustillants. Même si on peut penser que Hiaasen s'est demandé comment finir son roman en respectant la charte du délire perpétuel. Donc, pour ne pas blesser les fans de l'un et de l'autre, match parfaitement équitable. Et une nouvelle belle découverte.

Carl Hiaasen, De l'orage dans l'air, édition 10/18, 550 pages, 8 euros.

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