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The killer inside me

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Littérature noire

La position du tireur couché : les couleurs vintage du grand polar français

La position du tireur couché : les couleurs vintage du grand polar français

Parti trop tôt pour que l'on se croise, Jean-Patrick Manchette n'a jamais été sur ma short list de romanciers à découvrir. Pourtant, c'est juste fou comme son ombre plane depuis des décennies sur le polar français. Incontournable, dit-on. Comme Jonquet, d'ailleurs. C'est donc avec beaucoup d'envie que La position du tireur couché a atterri entre mes mains. Avec, au final, un sentiment étrange. Celui d'un grand roman. Mais daté. Manchette sort une histoire d'une puissance rare, celle, terriblement lue ou vue sur grand écran, du tueur à gages qui veut remiser ses fusils à lunettes. Alors oui, on l'a déjà entendue cette rengaine mais l'auteur français lui donne là une résonance, une épaisseur uniques. Martin Terrier, le parachutiste, devenu pro de la gâchette, est un héros sombre, dans ces années 70 riches en coups d'Etat, où la Françafrique se porte si bien...

Et comme dans ce genre d'histoire de retraite anticipée, il y a toujours une ordure pour vous tenir par les bollocks, pour vous obliger à une dernière mission. Terrier, guerrier au sang de serpent, se bat, frappe, prend des roustes et se voit forcer d'accepter cette fameuse position du tireur couché, dans une Estafette, pour abattre un dirigeant de l'OPEP... L'image de l'homme qui se dresse face à un système destructeur, une pieuvre qu'il ne soupçonnait pas.

Embrouilles, trahisons,contre-espionnage, barbouseries de la Ve République, le roman de Manchette est une merveille classique, explorant le côté obscur de la politique étrangère. Et puis, toujours, ce soin apporté à la description des armes, la précision et l'énumération des HK4, Savage, CZ qu'un bon tueur à gages se doit de connaître. On comprend aisément que La position du tireur couché a, en son temps (sorti en 81) secoué le paysage du polar.

Mais c'est vrai aussi qu'en 2015, le roman fait penser à un film de Jean-Pierre Melville (excellent réalisateur au demeurant), à un reportage de L'Express de la grande époque. Il y a des touches très seventies y compris dans la construction des dialogues. Pas que ce soit rédhibitoire, loin de là, mais cela marque la narration. Ou alors suis-je trop enfermé sur des lectures, des auteurs postérieurs ? Le polar français est une découverte récente en ce qui me concerne, élevé au David Peace, Tony Hillerman, Ellroy, Crumley, Frank Herbert, Stephen King... j'ai parfois du mal à me fondre dans le style tricolore. Il n'en demeure pas moins que La position du tireur couché est un classique et sa récente réédition, à la faveur de l'adaptation ricaine au cinéma, prouve qu'il y a encore des choses à dire dessus.

La position du tireur couché, Jean-Patrick Manchette, Folio Policier, 197 pages, 6, 40 euros.

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