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The killer inside me

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Littérature noire

Train : Pete Dexter, itinéraire d'un enfant pas vraiment gâté

Train : Pete Dexter, itinéraire d'un enfant pas vraiment gâté

Il se fait rare Pete Dexter depuis Spooner. En 2009... Pour attendre son prochain roman, on se penche donc sur tout ce qu'il a écrit depuis. Après le chef d'oeuvre Cotton Point, la pègre de Philadelphie dans Un amour fraternel, le journalisme de Paperboy et la jeunesse dans Spooner, l'auteur exilé au large de Seattle avait, en 2003, écrit Train. Où l'on retrouve la conscience du racisme américain dans les années 50, comme dans Cotton Point. Cette fois, avec une précision de maître, Dexter évoque la Californie, Los Angeles tout particulièrement. Train est le surnom du jeune noir, Lionel Walk. Une enfance sans père. Une mère qui s'embrigade avec un sale type violent. Le schéma classique. Train survit en faisant le caddy au club de Brookline. Et sa vie va changer en deux coups de dés.

La beauté de Dexter réside dans sa faculté à ne jamais construire son intrigue autour d'un seul personnage, aussi fort soit-il. Non, l'ancien journaliste offre plusieurs entrées. Il y a donc Train qui, un jour de golf, voit son camarade caddy mourir d'une crise cardiaque sous ses yeux et ceux des joueurs. Parmi ceux-ci, Miller Packard, inspecteur de police. Un inspecteur, cool et sans remords, qui va intervenir quelques jours plus tard sur une sale affaire de vol de voiliers avec violence : le pilote et le propriétaire sont tués. La femme du propriétaire, violée... Sur place, Packard règle l'affaire à sa manière. Et tombe dans les bras de cette propriétaire sublime mais complètement déboussolée, elle, la démocrate, braquée et violée par deux noirs !

A ces trois personnages, il faut aussi ajouter Plural, un vieux noir, ancien boxeur qui a perdu la boule, bientôt la vue et que Train trimballe avec lui par humanité. Ce quatuor va vivre sa vie, indépendamment, de galères pour les noirs, de romances mâtinées de psychiatrie pour les blancs. Et puis ils se retrouvent. Parce que Train est un crack du golf. A force d'avoir fait le caddy, de s'être entraîné seul, encore et encore, le voilà doté d'un swing terrible, d'une main sûre. Un petit génie, qui devrait se remplir les poches... avec le soutien de Packard.

Roman des préjugés, roman acide sur les bien-pensants américains, Train fonctionne parfaitement, même si le lecteur sait très vite que la situation du duo de blacks ne va pas s'arranger en fin de compte. Un des livres de Pete Dexter où l'on remarque le mieux ses talents de journaliste : il capte des scènes insignifiantes a priori, qui se révèlent drôles (dans la voiture du gros Carl, c'est du grand délire) et surtout enrichissent sa narration. Il y a comme un vécu. Presque du reportage. Pas le meilleur de ses romans peut-être mais une belle histoire, avec une violence souterraine et, encore une fois, des personnages lumineux.

Train, Pete Dexter, Points, 350 pages, 7, 30 euros.

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