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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Le crime de Julian Wells : Cook, le maître du sensible noir

Le crime de Julian Wells : Cook, le maître du sensible noir

Thomas H. Cook tient décidément une place à part dans le monde de la littérature policière. Volontiers désigné comme gothique, il développe un style bien à lui, une sorte de « sensible noir », à base de souvenirs dramatiques, d'amours tragiques, de rapport père-fils écrasant... Le crime de Julian Wells n'échappe pas à la règle avec une narration empreinte de douleurs, celles d'un écrivain quadragénaire qui vient de se tailler les veines dans une barque, flottant sur l'étang de la propriété familiale. Qu'est-ce qui hantait ainsi Julian Wells ?

Son meilleur ami et sa sœur Loretta vont retracer le parcours de la victime, retrouver ses interlocuteurs à Buenos Aires, Paris, Budapest, en Ukraine. Un road trip où il est question de culpabilité mais aussi de double jeu, celui de tous ces monstres, de la Comtesse Bathory aux nazis d'Oradour sur Glane, dont Julian Wells tentait de raconter l'histoire dans ses essais. Philippe et Loretta vont se rendre compte, non sans dommage, que leur ami et frère n'était pas celui qu'ils croyaient.

Hyper cultivé, amoureux des livres (que de citations, de clins d'oeil, encore une fois), Thomas H. Cook développe ses thématiques avec un raffinement rare. Prenant le contre-pied de ses romans précédents, plutôt statiques et intériorisés, l'auteur du Sud fait chauffer le passeport de son protagoniste, créant une ambiance de romancier voyageur, comme un hommage à ses illustres prédécesseurs. Sinon, l'auteur reste fidèle à ses marottes. On sait que Cook déteste la violence, encore plus la violence gratuite. Ici, il évoque celle de l'Etat argentin, comme celle du régime nazi ou d'un serial killer russe, prenant toujours le parti des victimes. « Ce sont toujours les petites gens, les petites gens qu'on ne remarque pas, les gens gris comme la poussière, qui paient le prix de nos erreurs. »

Une compassion qui s'étend à son personnage, ultra romantique, de Julian Wells, quasiment maudit, depuis son passage dans la capitale argentine à l'époque de la junte de Vidella. Moins statique que ses précédents romans, plus ouvert, en évitant le piège de la niaiserie, Le crime de Julian Wells continue de creuser le sillon si particulier de cet auteur. Un roman à ranger aux côtés de l'indépassable Au lieu-dit Noir étang et du puissant Les leçons du mal.

Le crime de Julian Wells, Thomas H. Cook, édition Seuil, 289 pages, 21, 50 euros.

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