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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Aux animaux la guerre : la spirale du drame dans une France oubliée

Aux animaux la guerre : la spirale du drame dans une France oubliée

Séance de rattrapage estivale avec ce roman noir chaudement recommandé par l'ami Encore du noir. Aux animaux la guerre, dans son titre d'une beauté rare, déjà, rappelle Pascal Dessaint. Mais ce n'est pas le seul lien avec l'auteur du Bal des frelons. Nicolas Mathieu a aussi le goût du terreau social lourd, de ces zones oubliées de la France, loin des grandes métropoles, entre ruralité mal assumée et désindustrialisation. Pas vraiment la France de Raymond Depardon. Bien moins bucolique. Bref, c'est là que Martel, ouvrier s'est élevé, seul à la force de ses muscles et d'un caractère froid. Il est aujourd'hui représentant du personnel à l'heure où l'usine vit, semble-t-il, ses derniers jours. Pour ne rien arranger, il a tapé dans la caisse du comité d'entreprise. Et ça va finir par se savoir...

Alors, Martel va emprunter un peu de pognon pour renflouer la caisse. Mais, forcément, ça ne se passe pas aussi bien. Surtout avec, comme alter-ego, un jeune crétin body-buildé, CDD de l'usine qui, par ailleurs, le fait bosser dans la sécurité de certains concerts. A vrai dire, dans cette Est de la France, près de Nancy, les opportunités de se faire de l'argent ne courent pas tellement les rues. Martel et Bruce se retournent alors vers les Benbarek, caïds locaux, en guerre larvée avec des Russes. Si le duo ouvrier parvient à faucher une des filles qui tapinent pour les Russes à Strasbourg, c'est l'embellie, la porte de secours, le moyen de sortir un peu la tête de l'eau. Martel hésite. Avec une sorte de 6e sens. Et puis tout s'enchaîne. La fille est choppée. Enfermée chez le grand-père, ex-OAS. Elle s'enfuit. Tombe, en traversant la route, sur une inspectrice du travail... L'engrenage sanglant est en marche.

Ce n'est pas tout de dire que ce livre est remarquable. On en sort rincé. Par le décor social, que l'auteur semble connaître intimement, par l'épaisseur des personnages, par la qualité de l'intrigue, sa narration, Aux animaux la guerre rend hommage au très grand roman noir, dans une veine classique mais tellement bien rafraîchie. On a mal au coeur pour ces hommes et ces femmes brisés. On a la rage devant cette direction rôdée aux techniques de management. On se frappe la tête devant la bêtise crasse d'un Bruce...

La scène finale chez Rita, avec le chien, l'accident de voiture, la course de Martel, reste comme un sommet de tension, avec un découpage millimétré. Un roman qui a toutes les qualités pour faire, aussi, rêvons un peu, un très bon film. Mais avant cela, on attend la suite de ce prometteur Nicolas Mathieu.

Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu, ed. Actes Sud, 360 pages, 22 euros.

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