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The killer inside me

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Littérature noire

Les portes de l'enfer : la mort et le sexe, c'est pas super glamour chez Crews !

Les portes de l'enfer : la mort et le sexe, c'est pas super glamour chez Crews !

Un nain masseur. Un vendeur de pierres tombales. Une exilée cubaine pratiquant le vaudou. Des pensionnaires de maison de retraite... Pas de doute, on est chez ce dingo d'Harry Crews (1935-2012), l'auteur culte de La foire aux serpents, Le faucon va mourir, Des mules et des hommes. Amateur de freaks, d'une Amérique déglinguée peuplée de marginaux. Cette fois avec Les portes de l'enfer (horrible traduction de This thing don't lead to heaven), son troisième roman, curieusement inédit en France jusqu'à ce jour, Crews plonge dans la mort et le sexe. Tous deux sans aucun romantisme.

La mort, c'est celle de ces vieillards de l'Axel's Senior Club, à Cumseh, en Géorgie. Rien de criminel là-dedans, ils cassent leur pipe naturellement. C'est juste que lorsqu'ils commencent à lâcher la rampe, ils sont consignés au Pavillon, mouroir loin des yeux. Rien de beau, rien de grand ici. Côté sexe, c'est la patronne de l'institution qui veut d'abord posséder le nain masseur puis jette son dévolu sur le représentant de pompes funèbres. C'est aussi Jérémy, 80 balais, qui aimerait bien faire ça, peut-être pour la dernière fois, avec Molly. Là encore, ce n'est pas 50 Nuances de Grey !

Dans l'aspect cirque de ces Portes de l'enfer (deuxième inédit après Nu dans le jardin d'Eden en 2014), il ne faut surtout pas se méprendre : Harry Crews moque la religiosité de ses concitoyens, tournant en ridicule le pasteur qui vient au chevet des mourants, en même temps que le commercial qui fourgue ses tombeaux, pierres et autres angelots. Un personnage d'ailleurs irrésistible : « il avait 18 ans quand on lui confia son premier boulot à l'intérieur. Quelle joie d'être enfin dans le salon d'exposition des cercueils, qu'il devait épousseter, cirer et polir. »

Crews n'est jamais facile, sa narration est souvent chaotique mais son regard est véritablement unique, ses histoires toujours incroyablement barrées, dans les lieux les plus improbables. Les portes de l'enfer sont loin d'être son meilleur roman. Parce que c'est un peu le bordel, parce que l'on n'arrive pas, cette fois, à s'attacher à un personnage. Pourtant, c'est bien du Crews pur jus. Avec toujours cette obsession de celui qui est hors de la normalité, là, Jefferson Davies, le nain qui veut grandir grâce à la magie vaudou. " Elle voulait en sucer le jus. Il n'existait pas de potion plus puissante pour jeter un sort que le foutre de nain. " Dingo, on vous dit ! Mais un peu en-dessous du reste de l'oeuvre.

Les portes de l'enfer, Harry Crews, édition Sonatine +, 282 pages, 13 euros.

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