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The killer inside me

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Littérature noire

Opération Napoléon : ambitieuse réécriture de l'Histoire par le jeune Indridason

Opération Napoléon : ambitieuse réécriture de l'Histoire par le jeune Indridason

Non, il ne s'agit pas de l'énième livre sur l'Empereur. Mais alors pas du tout. Plutôt d'un nouveau roman d'un des maîtres du polar scandinave, Arnaldur Indridason. Enfin, nouveau pas tellement : cette Opération Napoléon date de 1999, soit avant le début des fameuses enquêtes d'Erlendur qui ont fait la gloire et la reconnaissance de l'auteur islandais. Dix aventures, des prix internationaux à la pelle et une adaptation cinématographique (La cité des jarres, plutôt pas mal) ont assis la réputation d'Indridason. Mais alors, que valait-il avant Erlendur ?

Opération Napoléon plonge dans les secrets de l'histoire moderne et notamment des derniers jours de la Seconde Guerre Mondiale. Au printemps 45, un Junkers Ju 52, bombardier allemand, repeint aux couleurs des Alliés, s'envole de Berlin, avec un certain retard sur l'horaire initial de cette mission secrète. Au-dessus de l'Islande, il essuie une tempête dantesque et se crashe sur le plus grand glacier d'Europe, le Vatnajökull. Depuis cette date, les Américain n'auront de cesse de retrouver l'épave. Et c'est justement ce qu'un satellite vient enfin de localiser. La Delta Force est déployée sur place pour récupérer la carlingue, les cadavres congelés et aussi ce qui semble un secret explosif de cette fin de guerre. On parle d'une bombe H allemande, d'or nazi... Fantasmes. Lors des opérations sur le glacier, le jeune Elias, à l'entraînement avec une équipe de sauvetage, voit la scène et prévient sa sœur, avocate, à Reyjkjavik. Les services secrets américains vont alors tout faire pour museler l'information. Au mépris des règles diplomatiques, humaines...

Il est évident que cette Opération Napoléon semble assez loin des œuvres suivantes d'Indridason : espionnage, délectable scène de flingage dans la rue, course-poursuite, odieux méchant, secret d'Etat et réécriture, carrément, de l'Histoire (ah cette ultime scène!). Ce n'est pas l'introspection dépressive et contemplative à laquelle il a habitué ses lecteurs. Et autant dire que cet ancien texte se lit plutôt agréablement. On n'est pas face à un inédit d'Harry Crews entendons-nous bien, mais il y a une certaine fraîcheur, un jeu avec les complots, les rapports de puissances. Pourtant cela reste foncièrement du Indridason et les fans retrouveront sa marque : un immense respect des personnages féminins, cette quête du frère qui reviendra par la suite et puis cette présence américaine qui réapparaîtra notamment dans La femme en vert. Ce thème des soldats yankees sur le sol islandais mériterait d'ailleurs un traitement à part, tant Indridason nous fait part du déchirement de son peuple sur ce sujet.

L'auteur, on le comprend (Henning Mankell est dans le même état d'esprit), tente de se détacher de sa série Erlendur et cherche peut-être une considération qui ne soit pas que polardeuse. Il y a très bien réussi avec Betty (mais c'était noir aussi). Un peu moins avec Le livre du roi. Opération Napoléon est entre les deux, à la fois ambitieux et un brin foutraque..

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason, édition Métailié, 351 pages, 20 euros.

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