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The killer inside me

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Littérature noire

Puerto Apache : crise économique et baston à Buenos Aires

Puerto Apache : crise économique et baston à Buenos Aires

Le Rat ne comprend pas. Lui, petite main du Pélican, parrain notoire, se contente de mémoriser des chiffres, de les confier à des contacts. Et c'est tout. Il n'a jamais été aux premières loges du banditisme porteno (de Buenos-Aires). Pourtant, il se retrouve scotché à une chaise, soumis à une violente rouste par trois hommes qu'il ne connaît pas. Mais peu importe, Le Rat est un survivant, fils du Vieux, fondateur du quartier de Puerto Apache, amas de maisons construites sans autorisation, entre Puerto Madero et Boca, pustule urbain né de la crise économique.

Le Rat va donc encaisser et chercher les coupables. C'est aussi simple. Il va trouver sa maîtresse, la splendide et caliente Marù. Il va tirer les oreilles des lieutenants du Pélican pour savoir où le précédent deal de came a échoué. Avec l'aide de son pote Cuper, avec le trans Tordi, Le Rat mène son enquête, flingue en main. Ce n'est pas un héros, pas un guerrier mais il y a quelque chose qui tourne pas rond à Puerto Apache. D'autant que le quartier est largement menacé dans son existence. Par les services municipaux, par les habitants, on ne sait pas. En tout cas, la violente descente d'une milice a laissé quelques ecchymoses, fractures et comas...

Juan Martini, éditeur argentin réfugié en Espagne pendant la dictature, a publié Puerto Apache, en 2002, après l'effondrement de l'économie de son pays. Dans ce titre mélange de Fuerte Apache, le vrai quartier d'où est sorti le génial footballeur Carlos Tévez, et de Puerto Madero, Martini donne à voir une capitale quart-monde, une Buenos Aires de la débrouille. « Il y a des gens qui ont le temps de rêver. Pas nous. On n'a ni le temps, ni les rêves. Au moment où tu t'y attends le moins, tu bascules de l'autre côté. Nous, on a la mort aux trousses, elle nous colle au cul. » Poisseux, noir, mais pas dénué d'espoir, Puerto Apache montre une fois de plus à quel point l'Amérique du Sud est une pépinière de très grands écrivains. A ranger aux côtés de Diaz-Eterovic, Ernesto Mallo, Eydir Augusto. Cela ne coûte rien de souligner l'excellent travail d'édition d'Asphalte : on nous avait parlé de vague scandinave du polar, on nous avait promis une vague française du polar... non, non, c'est là-bas que ça se passe. Les Sud-Américains ont vraiment quelque chose à raconter.

Puerto Apache, Juan Martini, édition Asphalte, 215 pages, 21 euros.

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