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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Dragon bleu, tigre blanc : nouilles, poésie et corruption du capitalisme chinois

Dragon bleu, tigre blanc : nouilles, poésie et corruption du capitalisme chinois

L'inspecteur Chen Cao n'est plus. Il est nommé directeur de la Commission de réforme juridique de Shangaï. Un beau placard laqué pour cet incorruptible de la police chinoise. Et ses relations, sa réputation n'ont rien pu faire. Forcément, Chen, pas dupe, s'interroge sur les motivations. Quelle enquête sensible était en cours ? Quel puissant se sentait menacé pour le sortir ainsi de son poste ? Ce sont les questions qui le hantent quand il se rend à Suzhou, sur la tombe de son père dont il a décidé, pour plaire à sa mère, de prendre soin. C'est là qu'une jeune femme, le prenant pour un détective, lui confie la surveillance de son compagnon. Chen est peut-être plus attiré par la beauté de cette fille que par la mission. Et puis il a encore d'autres choses en tête, notamment la dédicace de son livre de traductions des poèmes de TS Eliot. Une dédicace dans une boîte, connue pour être un lupanar ! Et ce soir-là justement, Chen évite de justesse une " descente " de la police des moeurs... Paranoia ou complot ?

Apres Cyber China, très déçevant, voici Dragon Bleu, tigre blanc où Qiu Xiaolong reprend fermement les péripéties de son héros à travers la Chine du XXIe siècle. Au cours des huit précédentes enquêtes, l'auteur exilé n a jamais fait dans le spectaculaire, le sanguinolent ou même le trépidant, il est plus journaliste dans son approche que flic. Là, il s'inspire du scandale Bo Xilai qui a secoué le pays en 2012 : corruption, sexe, politique, gamin pourri par l'argent... Au passage, il évoque aussi la découverte de ces milliers de porcs morts flottant sur le fleuve Hangpou. La Chine invente désormais un communisme démentiel dans lequel le capitalisme a toute sa place, pour le bien de la nation. Les appétits sont aiguisés, les complots constants. Et la schizophrénie totale.

Qiu Xialong parvient à retranscrire une atmosphère où le parti est omniprésent, une sorte de 1984, avec des citoyens dont chaque mouvement est surveillé. L'angoisse, la peur et aussi la confusion, transpirent dans Dragon bleu, tigre blanc. Cette société corrompue, en déliquescence, parait désormais sans limite. Ou alors il en reste une dernière : c'est internet. Avec des cyber citoyens qui ne se privent pas de critiquer le pouvoir, de le mettre face à ses contradictions. De dénoncer, clandestinement. Ecume de démocratie.

L'oeuvre de Xialong est toujours marquée par de grands emprunts à la poésie chinoise. Cela en fait des polars réellement différents, exhudant une fausse douceur, cette orientalité qui cache, finalement, de sacrés salopards en uniforme. Et puis que serait une enquête de l'inspecteur Chen sans la gastronomie de Shangaï ? Graines de pastèque grillées, nouilles aux oignons verts frits, poitrine de porc mijotée, anguilles de rizière... L'auteur parvient à insuffler une once de sérénité, un zeste de nostalgie, dans un polar d'une dureté âpre, si proche de la réalité.

Dragon bleu, tigre blanc, Qiu Xiaolong, édition Liana Levi, 290 pages, 18 euros.

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