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The killer inside me

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Littérature noire

Le monde disparu : Dennis Lehane a la tête ailleurs

Le monde disparu : Dennis Lehane a la tête ailleurs

Le monde disparu : suite et fin de la trilogie consacrée au crime de la Côte Est des Etats-Unis, dans la première moitié du XXe siècle. L'entreprise ambitieuse de Dennis Lehane avait formidablement commencé avec Un pays à l'aube (2009), dans lequel Danny Coughlin, flic de terrain, infiltrait les milieux syndicaux. Puis c'était carrément le Milieu dont il s'agissait avec son fils voyou, Joe Coughlin, dans Ils vivent la nuit, pétaradante histoire de la prohibition et de la guerre du rhum en Floride. Dans Le monde disparu (qui peut bien sûr se lire indépendamment des deux précédents), Lehane offre un Joe presque quadragénaire, retiré des affaires ou presque. Il a laissé la tête de la mafia de Tampa à son ami d'enfance Dion. Lui, fait du business. Et s'occupe de son fils Tomas. Pourtant, une tueuse à gage lui révèle qu'il a un contrat sur sa tête. Joe s'en ouvre à la famiglia, à son ancien garde du corps Rico et son crétin de frère Freddy. Personne n'y croit...

On a aimé Dennis Lehane, comme le prodige qu'il était lors de sa série Kenzie-Gennaro, ode au polar, tout comme une déclaration d'amour à Boston, sa ville. Depuis il y a eu Mystic River, Shutter Island. De très bons romans. Adaptés à Hollywood (excellemment par Eastwood, moyennement par Scorsese). Et ça, visiblement, a détourné Lehane du roman noir. Le monde disparu est un bon roman, honnête, avec une formidable scène de règlement de comptes à la Thompson. Mais il n'y a plus la profondeur que l'on pouvait trouver par le passé. Il n'y a plus cette prise de risques que l'on avait noté dans Un pays à l'aube. C'est presque trop simple cette histoire de mafieux, avec Meyer Lansky, Lucky Luciano en arrière-plan. J'en veux beaucoup à Lehane de baisser sa garde, de ne pas poursuivre l'effort auquel il s'astreignait il y a encore quelques années. La romance de Joe Coughlin est, ici, tout ce qu'il y a de mièvre, pour ne pas dire caricaturale lors de la scène à l'aéroport. Jamais les romances de Lehane n'ont paru aussi plate. Alors oui, dans le monde actuel du polar, celui-ci n'est finalement pas si mal, grâce notamment à deux ou trois scènes, très rythmées (notamment celle à la pâtisserie), mais à des kilomètres-lumières des précédents romans du Bostonien.

L'auteur nous avait déjà inquiété il y a deux ans avec Moonlight Mile, une pseudo tentative de retour de son couple Kenzie-Gennaro. Cette année, il a déjà publié un faible Quand vient la nuit. Et est-ce un hasard si Le monde disparu culmine à 350 pages quand Un pays à l'aube en faisait 750 ? Est-ce un hasard si Lehane a déménagé de Boston pour s'installer à San Diego, beaucoup plus près d'Hollywood ?

Le monde disparu, Dennis Lehane, édition Rivages, 352 pages, 21 euros.

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Léa Touch Book 28/01/2016 11:25

Lehane est un grand auteur américain, ce n'est pas son meilleur à mes yeux mais il est vraiment bien :)