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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Rural Noir : la campagne, on y rêve et on y crève

Rural Noir : la campagne, on y rêve et on y crève

Romain revient dans son village natal de Tamnay, dans la Nièvre. Voilà dix ans qu'il l'a quitté. Abandonnant son frère Chris, son meilleur ami Vlad, mais aussi Julie, amour de jeunesse inaccessible. Les trois qui formaient, avec lui, le gang. Une bande d'amis soudée par les rires, la complicité, les bêtises aussi. Dix ans après donc, Chris et Julie se sont installés ensemble, attendent un bébé. Et Vlad ? Vlad vient justement de se faire très sérieusement secoué, bastonné, laissé quasiment mort derrière sa maison. Vlad, devenu petit voyou du coin, fournisseur en came, avec son associé, l'insaisissable Cédric. Pour Romain, il ne pouvait y avoir pire retour. Et les souvenirs d'affluer, les heures douces, à 14 ans, à filer sur les vélos le long des routes départementales, à siffler des bières, écouter Thunderstruck d'AC/DC. Cet été des 14 ans où la vie de Romain, Vlad et Cédric a quasiment basculé.

Benoît Minville vient du roman jeunesse et on sent, dans ce Rural Noir, cette tendresse toute particulière pour l'adolescence qu'il encense littéralement d'un nuage de candeur, de violences refoulées, de vies démultipliées, d'émotions nouvelles. L'auteur excelle particulièrement à mettre en parallèle les univers si infinis de la jeunesse, avec ses espoirs, ses rêves, et le monde brutalement clôt de ces adultes, rivés à leur Nièvre, leur chez soi qu'ils veulent aussi protéger. Dans un jeu très simple d'aller-retour entre présent et passé, Minville questionne la destinée, l'impossibilité à s'extraire de ses racines ou du moins d'un monde rural idéalisé. Car il y a une fracture entre la Nièvre de Romain gamin, verdoyante, vivante, pleine d'aventures et celle d'aujourd'hui, minée par la crise et les drogues.

Si Benoît Minville réussit parfaitement à écrire ce basculement de la campagne française, entre boboisation et quart-monde, on peut lui reprocher de ne pas assez creuser les personnages. Romain et Chris, les deux frères, gagneraient à afficher un peu plus d'épaisseur. L'absence de Romain n'est pas assez développée alors qu'elle est centrale dans l'histoire, comme Chris n'évoque pas assez les tourments de ce qu'il a vu dans l'armée. On s'étonne que deux frères aussi proches, qui se retrouvent, ne prennent pas, très vite, le temps de se parler à coeur ouvert. C'est peut-être ce petit manque de "psychologie" qui détonne dans un roman où les personnalités sont très fortes, affirmées et même sulfureuses. Dans le même ordre d'idée, les dialogues, bien tournés, prennent parfois un peu trop le pas. C'est sans doute le revers de la même pièce.

Un petit regret aussi avec le personnage de Dalton car on en vient à se demander comment un être pareil n'a pas fini en taule ou six pieds sous terre. On connaît des coins de campagne où ce genre d'énergumènes auraient toutes les peines à marcher sur leurs deux jambes...

Au final, un roman agréable, avec une belle dose d'originalité, mais sans doute un peu court.

Rural Noir, ed. La Série Noire, 245 pages, 18 euros.

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