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The killer inside me

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Littérature noire

J'ai été Johnny Thunders : le Barcelone de la misère

J'ai été Johnny Thunders : le Barcelone de la misère

Barcelone. Côté underground. Pas Barcelone de Manu Chao ou du Nou Camp. Avec J'ai été Johnny Thunders, on n'est pas vraiment chez les bobos : immigrées sud-américaines, sexe, magouilles, alcool, revenus sociaux et drogues. Beaucoup de drogues. Francis, alias Mr Frankie pour la scène, revient habiter chez son père, le vieux Paco, homme buté, veuf, amer. La queue entre les jambes, c'est le cas de le dire. Il n'a plus un euro en poche. Juste sa réputation de rocker. Mais bon, à 50 ans, elle ne vaut plus grand chose. Surtout, il risque un peu de taule s'il ne trouve pas un peu d'argent à donner à la mère de ses deux enfants. Francis va d'abord participer à un fric-frac pour se trouver un costume digne de ce nom avant d'aller au tribunal, puis il va jouer les videurs au club de bingo. Là où bosse Marisol, sa demi-soeur. Une jolie fille sous la protection d'un vieux caïd local, don Damian. Le bras droit de celui-ci, Xavi, sort en douce avec Marisol. Il en est même raide dingue. Pour s'émanciper du boss, il aimerait bien monter un gros coup, rafler une cargaison de coke...

Carlos Zanon s'est fait un nom en trois romans. Celui-ci vient de décrocher le prix Dashiell Hammett du meilleur roman noir en langue espagnole. J'ai été Johnny Thunders brûle tout sur son passage : les vieilles icônes, comme Johnny Thunders (mythique gratteux des New York Dolls où officiait Blackie Lawless), les rêves de gloire, les sentiments, entre un père et son fils, les bonnes actions de madame Imma, la loyauté entre Xavi et don Damian et même le visage des plus belles. Roman extrêmement noir et désespéré, il donne au lecteur des envies de mettre des coups de pied aux fesses de ce Francis, musicien raté (ah oui il a vaguement était sur scène avec Thunders...), père irresponsable, camé et pote discutable. Zanon a réussi à faire détester ce type, tombé plus bas que terre, véritable raclure de caniveau, détestable même quand il essaye de se montrer, de temps en temps, humain. Francis est, finalement, le camé par excellence, le genre, si fréquent, à qui on ne confierait même pas son chien, le type quoi pense avoir du talent mais qui n'a jamais rien produit. C'est sa lente descente que l'on suit, descente parsemée d'illusoires sursauts. Pour l'auteur, ce genre, non pas de vie, mais de choix, ne peut que mener à la panade, les embûches, les grosses galères en entraînant d'autres, plus énormes encore. " Il est conscient de sa dégaine. Il porte ce qu'il a de mieux, mais ça ne suffit pas. La misère, c'est un truc qui colle à la peau; elle se voit à la peau malade, à la façon de marcher et de se déplacer, à la quantité incroyable de tics hérités de la rue. La douleur dans sa bouche réclame toutes son attention. Il faudrait qu'il fasse quelque chose. Ses gencives recommencent à saigner. "

A la différence d'auteurs sud-américains, Zanon, impitoyable dans sa plume comme dans sa narration, ne voit pas d'issue pour ses personnages, sinon tragiques. Ils ne se battent pas, ils se débattent. J'ai été Johnny Thunders sent la misère occidentale, c'est vrai. Mais il parle aussi de ce monde qui ne sait plus comment se raccrocher à un lendemain, Francis, Xavi, Marisol, sont largués. Barcelone, côté obscur...

A signaler, de nombreux et courts passages en catalan. Non seulement ça sonne bien mais cela rend justice à cette langue.

J'ai été Johnny Thunders (trad. Olivier Hamilton), ed. Asphalte, 321 pages, 22 euros.

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