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The killer inside me

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Littérature noire

The Whites : Richard Price revient aux affaires

The Whites : Richard Price revient aux affaires

Cela faisait quelques temps que l'on ne voyait plus Richard Price dans les nouveautés du libraire. L'homme du Bronx, romancier, mais aussi scénariste, pour The Wire, sur Clockers ou La couleur de l'argent, revient donc en ce printemps avec The Whites, livre très attendu par les amateurs d'un New-York, chaud comme la braise, résonnant de sirènes et de coups de feu. Et, pour être clair, Price se révèle à la hauteur des attentes de chacun.

Billy Graves a la quarantaine juste sonnée. Il mène l'équipe de nuit des flics du Bronx. C'est un boss humain, compatissant mais lucide, avec, toujours, une certaine colère envers l'injustice. Ce que l'on appellerait un bon fic en somme. Billy est surtout préoccupé par sa femme, Carmen, infirmière de triage aux urgences du quartier. Elle, en bave. Et puis il faut aussi s'occuper des deux garçons, même pas dix ans. Bref, notre inspecteur a un agenda bien chargé et pour se rendormir le matin, il lui faut un grand verre de jus de canneberge (mais c'est quoi ça à la fin ?) arrosé d'un trait de vodka. Heureusement, il y a les amis : Redman, Yazmeen, Pavlicek, Whelan. Des anciens flics, tous issus d'une même brigade qui se faisaient appeler, il y a 20 ans, les Wild geese. Beaucoup de souvenirs, de solidarité, de fraternité dans les coups durs, les moments chauds. Voilà qui créé des liens. L'un d'entre eux, c'est qu'ils ont tous un " white " : un type, crapule au dernier degré, assassin, qui est passé entre leurs filets. Un des white a descendu sa copine, le bébé de cette copine et la nièce de la même copine. Un autre a fait accuser son frère attardé à sa place... De belles ordures, sorties " blanches " des enquêtes. Voilà pourtant que Bannion, un " white " de l'équipe vient de se faire poignarder dans le métro. Un autre se retrouve à l'hôpital après que son occiput ait croisé une balle de 38. Billy a du mal à croire aux coïncidences. Mais le danger n'est pas là où il le pense. Il ne voit pas un autre flic, Milton Ramos, tourner autour de sa femme, coupable d'une criminelle erreur de jeunesse...

La jeunesse. Il en est beaucoup question dans ce nouveau roman de Price. Celle que l'on a brûlée avec ses amis policiers, celle que l'on n'a pas pas eue, parce que trop tôt fauchée. The Whites est aussi bourré de relation père-enfant. Il y a d'abord Billy avec son père, atteint d'un léger alzheimer. Touchant. Il y a Pavlicek avec son fils, malade lui aussi. Il y a Milton Ramos, avec sa fille. Richard Price s'interroge, comme nombre d'auteurs, sur cette perte de l'innocence, sur la justice divine si tant est qu'elle existe. Qu'est ce qui fait de nous des hommes ? Voire des meilleurs hommes ? La probité ? La loyauté ? La fidélité ? Billy se trahit-il quand il demande à sa soeur de garder son père ? Nos enfants peuvent-ils mourir quand des enflures continuent de fouler cette Terre ?

Ajoutez à cela une vraie science du dialogue ( cette scène avec le fumeur de shit au sixième étage !) et si on excepte quelques bons sentiments superflus, l'image d'un Billy quasi irréprochable, The Whites est tout simplement passionnant, entre Joseph Wambaugh et Pelecanos, de grosses tranches de vie de commissariat, des vues imprenables sur un quotidien criminel, " Tomika Washington, une grande femme mince à la peau claire, probablement la cinquantaine, était étendue en peignoir de bain sur le sol sans moquette de la salle de séjour de son appartement en enfilade, portant encore autour du cou un lacet en cuir brut, l'arme du crime ". Et puis il y a ces vies de familles, ces vies d'immigrées, ces vies de débrouilles, ce New-York vivant, grouillant... Richard Price est un foutu écrivain et The Whites, tout simplement, a la grande classe.

The Whites (trad. Jacques Martinache), ed. Presses de la cité, 415 pages, 21 euros.

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