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The killer inside me

Littérature noire

A couteaux tirés : polonium, CIA et repas mortel

A couteaux tirés : polonium, CIA et repas mortel

Anna Politkovskaia, Alexandre Litvinenko (fameux espion empoisonné au Polonium), le massacre du théâtre de la Doubrovka à Moscou, les Tchétchènes, l'islamisme radical... A couteaux tirés, roman d'espions et d'espionnage tisse une fine toile entre la situation russe et le terrorisme islamiste avec au milieu, des agents de la CIA qui jouent évidemment une drôle de partie. Henry Pelham est un agent de terrain de la station CIA de Vienne. Autrefois à l'oeuvre à Moscou justement. Il s'est fait dégagé de la capitale russe quand il a critiqué l'attitude de ces chefs après le massacre du théâtre. A Vienne, il noyaute les différents partis politiques et garde un œil sur la mouvance islamiste, même si évidemment « avec une centaine de soldats en Afghanistan », la menace n'est peut-être pas si évidente. A l'ambassade, il a croisé Célia, membre de la CIA mais plutôt côté bureaucratique. Tous deux vivent une sorte de passion charnelle depuis un an. Une sorte de passion car c'est Henry qui semble le plus impliqué. Mais pas le temps d'approfondir les sentiments : un informateur annonce un « événement aérien dans les 72 heures » lié à la Somalie, sur le sol autrichien. Le temps de vérifier, de remettre finalement en doute l'info et voilà que quatre hommes immobilisent un avion en provenance d'Amman sur le tarmac de Vienne, avec 120 personnes à bord. Branle-bas de combat, tous les réseaux sont activés. Langley renvoie un message d'un agent, par hasard, parmi les otages. Les espions de Vienne, dans leurs bureaux, échafaudent une théorie, une stratégie sur ses infos. Mais au bout de quelques heures, l'agent bord s'est visiblement fait balancer auprès des terroristes... Qui est la taupe? Qui est responsable du carnage final, 120 morts, terroristes compris ? Quelques années plus tard, Henry ouvre une dernière fois le dossier. Et veut piéger Célia, son ancienne amante, devenue simple mère au foyer curieusement enfuie à Carmel, en Californie, juste après la prise d'otages... Au cours d'un dîner dans un restaurant bobo, les deux espions se jaugent, s'étudient.

Rendu célèbre pour son excellente trilogie autour de l'espion Milo Weaver ( Le touriste, ed. Liana Levi), Olen Steinhauer réussit là un sacré exercice de style avec un roman se déroulant presque exclusivement autour d'un bon repas. Un face à face tendu, fait de stratégie de séduction, de provocations, de mensonges bien sûr. C'est fin, psychologique et évidemment tortueux.On y voit aussi que la CIA, comme à son habitude, s'arrange toujours avec la morale. Très vite, le lecteur comprend que l'un des agents de la station de Vienne a doublé ses camarades. Mais qui et pourquoi ? Franchement, la révélation laisse un peu dubitatif. Le pourquoi ne convainc pas entièrement. C'est bien dommage parce que jusque là tout fonctionne et l'issue du repas est délicieuse, inattendue et tellement crédible dans ce monde de l'espionnage. Donc oui, on comprend que ce roman, sorti en mars 2015, ait figuré parmi les meilleures ventes répertoriées par le New York Times (juste derrière The Whites, de Price !). Il y a tout le sel de ce qui fait les meilleurs titres du genre. Reste une faiblesse, que l'on ne peut dévoiler au risque de ruiner tout le suspense. A part ça, c'est toujours curieux de voir un auteur quitter l'éditeur qui l'a fait découvrir, à savoir Liana Levi. Et on attend désormais la sortie de The Cairo Affair. Parce que, oui, Steinhauer, est tout de même un vrai boss du roman d'espionnage moderne.

A couteaux tirés (trad. Sophie Dupont), ed. Presses de la cité, 291 pages, 21 euros
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