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The killer inside me

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Littérature noire

Le chien arabe : radicalisation et chichon dans les cités de Toulouse

Le chien arabe : radicalisation et chichon dans les cités de Toulouse

On peut reprocher à Benoît Séverac une fin tendance Plus belle la vie... Mais pour le reste, Le chien arabe s'aventure dans des contrées que le polar ne fréquente malheureusement guère. A savoir la cité et surtout la cité d'aujourd'hui, entre trafic de came bien huilé et islamisme terroriste.

Tout démarre avec la jeune Samia Ben Arfa, petite soeur du caïd Nouredine, qui voit que ce dernier maltraite un chien souffrant, dans les caves de leur immeuble de la cité des Izards, dans la banlieue de Toulouse. Elle décide d'appeler une vétérinaire du coin pour soigner la bête. Sergine Ollard, la vétérinaire en question, est une femme d'1m85, ancienne première ligne de rugby féminin, au caractère bouillant et qui vient à peine de se faire larguer. La demande de Samia la touche au-delà de ce qu'elle pouvait s'imaginer. Le chien est pris en charge de nuit. Une radiographie indique que plusieurs capsules de drogues ont provoqué une occlusion intestinale. Il faudrait l'opérer. Mais Sergine n'a pas le temps, le lendemain, un dimanche, deux jeunes en djellabah et armes de poings, s'emparent du chien au coeur de la clinique vétérinaire. Le cadavre du clebs sera retrouvé quelques heures plus tard. Evidé.

Au coeur des tours des Izards vont s'affronter une micro cellule salafiste jusqu'au boutiste, enivré par le discours de Daech et la bande de Nouredine Ben Arfa, par ailleurs indic de la DGSI. Sergine va, elle, s'efforcer de protéger Samia.

Benoît Séverac connaît très bien les Izards puisqu'il y a grandi. Les Izards, le quartier de Mohamed Merah justement. Où le discours salafiste a pu prospérer à l'ombre de l'abandon de la République. A l'ombre peut-être de polices qui n'ont pas fait leur travail, se sont lourdement trompées, incapables de pénétrer la cité. Mais pas seulement semble dire Séverac : la responsabilité est collective, avec des citoyens qui ont trop souvent détourner la tête devant ce qui les gênait. Bref, rien n'est dû au hasard.

L'auteur peint deux beaux portraits de femmes, la vétérinaire, solitaire, têtue et la brigadier-chef du commissariat local, les mains dans le cambouis d'un quotidien peu réjouissant : " ils sont depuis longtemps passés par l'épreuve la plus difficile de leur carrière : le moment où l'on réalise que les flics ne sont pas meilleurs que ceux après qui ils courent, qu'ils font partie de la lie aussi ". Avec prudence, en ne s'improvisant pas spécialiste de la radicalisation, Benoït Séverac pose pourtant quelques balises, s'immisce dans les têtes dérangées de ces terroristes abrutis par un discours simpliste. C'est un jeu d'équilibriste pour un écrivain et Séverac s'en tire très bien. Rappelant qu'ici il s'agit de fiction. Mais voilà... Hautement recommandable.

Le chien arabe, ed. La manufacture de livres, 284 pages, 18, 90 euros.

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