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The killer inside me

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Littérature noire

Mourir... : Pascal Dessaint entre polar, environnement et création

Mourir... : Pascal Dessaint entre polar, environnement et création

Insistons encore une fois : Pascal Dessaint est l'auteur français qui a le meilleur goût pour le titre de ses romans. Mourir n'est peut-être pas la pire des choses ! Voilà qui claque. On trouve aussi dans son oeuvre La vie n'est pas une punition, A trop courber l'échine, Loin des humains... Un homme qui choisit avec autant de soins ses mots ne peut être mauvais. Mourir... date d'il y a une quinzaine d'années et se distingue énormément de ses deux derniers romans noirs (les seuls que j'ai lu pour l'instant il est vrai). Tout d'abord les unités de lieux sont ici multiples : Toulouse, Les Philippines, un marais, une résidence de vacances à La Source. Un carré géographique où ses personnages évoluent, s'aiment, se battent, hurlent. Mourir... est aussi une vibrante charge pour la protection de la planète. Attention, Dessaint ne fait pas dans le bourrin eco-warrior, son discours est extrêmement subtil, engagé mais surtout très documenté. Il parle des orang-outans en péril à Bornéo comme il plaide la cause des grenouilles à côté de chez lui. Le tout avec passion mais sans verser dans la caricature : " si je ne croyais pas en Dieu, j'avais néanmoins l'assurance que le Diable existait. Nous en étions sûrement une expression. J'en étais révoltée mais chaque désastre provoqué par l'homme, au fil des ans, me renforçait dans cette certitude. J'appartenais à cette espèce, je devais l'admettre. ". Enfin, dans ce roman datant de 2003, Pascal Dessaint s'interroge aussi sur son rôle d'écrivain, sa fonction, son avenir : " tu commences à écrire, tu as la fraîcheur, la spontanéité, c'est ton essence, toute ta richesse, tu ne le sais même pas... et puis tu acquiers du métier et tu y perds, tu y perds ton âme... " " l'acte d'écrire est un pur réflexe bourgeois... écrire n'a pas de sens ".

Voilà pour les différentes grilles de lecture de ce polar qui démarre avec la découverte du cadavre de Jéromine Gartner, nue dans un fauteuil de son appartement toulousain, avec sept grains de riz et sept morceaux de métal au fond de la gorge. Le capitaine de la PJ Félix Dutrey remonte le fil de ses contacts, patiemment. Il tombe sur un ami, puis deux, puis trois... En fait toute une bande de quadragénaires, très investis pour la planète mais à des degrés divers. Surtout, il voit que le groupe tourne autour de la figure de Paul Gartner, un écrivain à succès, curieusement disparu en mer.

Mourir n'est pas la pire des choses est parfois un peu long, on pourrait lui reprocher par exemple de s'appesantir sur les relations amoureuses au sein du groupe d'amis. En même temps, l'auteur a besoin de cette relation fusionnelle entre tous les membres de la bande pour expliquer l'inexplicable, à savoir le meurtre de Jéromine. Il est aussi question d'argent dans Mourir... et en fait, si le deux derniers romans de Dessaint sont tournés vers le noir, celui-ci se veut réellement un polar, avec ce Félix, bon flic, qui court longtemps dans le vide jusqu'à cette dernière scène incandescente.

Si le roman est riche, Pascal Dessaint n'en démontre pas moins un style très élaboré, sans être lourd. Il a cette écriture faite de précision et de légèreté, où les mots sont pesés, jaugés pour leur juste valeur. Pas simple de trimballer son lecteur dans ces intrigues à tiroir mais c'est parce qu'il n'en fait pas des caisses que Dessaint s'en tire si bien. Le genre de roman qui donne envie de découvrir encore un peu plus le reste de cette oeuvre.

Mourir n'est pas la pire des choses, ed. Rivages, 316 pages, 8 euros.

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