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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Seuls sont les indomptés : hymne total à la liberté et aux cow-boys

Seuls sont les indomptés : hymne total à la liberté et aux cow-boys

Jack Burns est un cow-boy. Dans le Nouveau Mexique des années 50. Un cow boy avec des valeurs nobles de fidélité, de bienveillance, de travail mais aussi de castagne, de vie hors-la-loi, accompagné de sa jument Whisky, de sa guitare en bandoulière et de son fusil. Ce jour-là, il rend visite à l'épouse de son ami Paul. Il a appris que celui-ci a été mis en prison pour opposition à la conscription. C'est que la belle Amérique vit les heures difficiles de la guerre de Corée et, sous la pression Maccarthyste, elle voit des cocos partout. Pas facile d'être différent à cette époque. Jack, lui, va rejoindre son ami en prison. Pour cela, il va déclencher une bonne vieille bagarre du côté de Duke City (Albuquerque). Une fois dans la taule, aux côté d'indiens, de mexicains, Paul lui avoue qu'il n'est pas près à s'évader, qu'il est trop pleutre et préfère purger ses deux années... Tant pis, Jack partira sans lui. L'évasion réussit et c'est un vrai ramdam dans la ville. Toutes les forces de police et même les militaires partent chasser Jack qui s'est réfugié dans les montagnes...

Seuls sont les indomptés est un hymne magnifique à la liberté, à l'opposition, tout comme il chante les beautés de la Nature vierge américaine, la douceur de vivre du temps des hommes à cheval. Edward Abbey, l'auteur du Gang de la clef à molette, est connu pour son engagement environnemental mais ce roman, sorti en 1956, est surtout une charge politique contre l'obscurantisme, l'attitude guerrière de son pays. Politique, ce roman l'est à 100%, notamment lors de ce long dialogue entre Paul et Jack, l'un se réfugiant dans ses rhétoriques philosophiques quand le second préfère l'action, la mise en pratique de cette liberté prônée dans les livres. Une scène parfaitement réussie par Abbey qui pose aussi, là, toute la complexité de ce monde moderne qu'il semble ne plus comprendre, ne plus accepter. " Si tu es tellement impatient de me sortir de prison, c'est parce que tu veux que je devienne un hors-la-loi comme toi. Mais je ne suis pas ce genre d'animal, moi. J'ai un sacré grand respect pour la loi, l'ordre et le protocole. Quand on me condamne à une peine de prison, je compte faire ma peine avec obéissance et application. Je pense que c'est la seule chose correcte à faire. Et voilà que toi, tu débarques en ville, tu te faufiles dans la prison j'ignore comment, et tu essaies de me tenter avec tes idées d'un autre siècle, romantiques, excentriques et irréalistes. Franchement, Jack, je suis un peu choqué. " Car c'est bien le thème de Seuls sont les indomptés : comment vivre dans un monde qui va si vite ? L'illustration en est donnée dès le début du roman quand Jack Burns veut franchir une route fréquentée sur sa jument, évitant les voitures dans un sens, dans l'autre. Les cinquante dernières pages de chasse à l'homme nous renvoient inconsciemment, et avec un peu de honte, aux scènes de Rambo : d'un côté les flics obtus, de l'autre, l'homme malin, spécialiste de la survie au milieu des bois... Jack Burns est d'ailleurs, lui même, un ancien soldat.

L'auteur fait preuve par ailleurs d'une poésie à toute épreuve, contemplative, sincèree et on comprend mieux pourquoi son oeuvre a été si importante pour les auteurs de ce qui allait devenir le nature writing. Voilà une vraie pépite mise à jour par Gallmeister l'an passé. Une pépite, dont la fin est d'une déchirante lucidité, qu'il ne faut surtout pas laisser passer. Pour se convaincre encore, il faut se rappeler que Kirk Douglas avait superbement interpréter Jack Burns au cinéma dans Lonely are the brave, avec Gena Rowlands et George Kennedy. Respect.

Seuls sont les indomptés (trad.Laura Derajinski et Jacques Mailhos), ed. Gallmeister, 350 pages, 23, 80 euros.

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