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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Sale temps en Calabre avec La revanche du petit juge

Sale temps en Calabre avec La revanche du petit juge

Rendre la Justice en Calabre. La mince affaire. Alberto Lenzi est juge au parquet de Reggio. La trentaine finissante, divorcé, père d'un petit garçon, il est plus préoccupé par ses parties de poker, son adorable maîtresse Marina, que par la corruption, les activités de la 'Ndrangheta. Il faut le comprendre, il est né ici, il sait le poids muet de la criminalité, il a compris que la meilleure enquête ne changerait pas sa région, sous-développée, abandonnée. Sauf que là, son jeune, ami, voisin, Giorgio Maremmi vient de se faire flinguer dans le hall de leur immeuble. Un traumatisme. Maremmi venait d'être menacé publiquement, lors d'un procès, par un second couteau de la 'Ndrangheta mais personne, ou presque, n'avait pris les propos au sérieux. L'organisation ne s'attaque jamais aux magistrats, trop dangereux, trop risqué. Alberto va donc reprendre le fil des dossiers de son ami et s'intéresser à un vieux dossier de vaches mortes, de travaux suspects. Rapidement, le tueur présumé est retrouvé sous la meule d'un moulin à huile. Dans le même temps, en prison, Don Mico Rota, capo di tutti capi de la section locale de la 'Ndrangheta ronge son frein, condamné à 18 ans mais dans l'attente d'une détention à domicile pour raisons médicales. Depuis deux ans, les médecins lui ont diagnostiqué un "cancer en dernière phase"... Cette histoire d'assassinat de juge ne plaide pas pour lui forcément. Et il va donc faire un peu le ménage.

La revanche du petit juge, de Mimmo Gangemi, est une excellente occasion de réviser ses classiques sur une organisation criminelle, très discrète, devenue depuis les années 2000, l'une des plus puissantes de la planète. Bien sûr, l'auteur n'écrit pas sur un plan mondial mais c'est justement tout le charme de cette Revanche. Des personnages comme Salemmi, l'oléiculteur, Rota, sont particulièrement bien esquissés, avec leur amour de cette terre, leurs manies, leurs relations aux femmes. Même Lenzi est un juge très réussi, notamment lorsqu'il part, seul, en promenade, s'aérer le cerveau ( " il vit qu'elle était belle sa terre. On lui avait accordé le meilleur : des paysages enchanteurs, avec ces rochers escarpés, adossés à la montagne et tombant à pic dans la mer, cet horizon qu'anticipaient les îles Eoliennes et, plus au sud, la Sicile, qui par beau temps laissait voir le scintillement d'un lac emprisonné entre ses deux rives. Ailleurs qu'ici, des endroit pareils se seraient transformés en mines d'or, grouillant de touristes. Au lieu de ça, une dégradation sans fin. ") ou quand il évoque son divorce, son fils qui lui dit " tu es un juge comme ci, comme ça ". L'enquête en elle-même est également parfaitement construite, avec ce qu'il faut de fausses pistes, de taupes supposées. Un très bon polar qui souffre juste de quelques scories, comme les portraits trop appuyés des suspects, Gangemi quittant carrément son enquête pour expliquer par le menu la vie d'un entrepreneur, d'un ingénieur... Une rupture qui bloque un peu la lecture sur une cinquantaine de pages. Dommage, car le propos est assez passionnant. Comme l'auteur qui, lors du dernier Quais du polar, avait donné une riche conférence en compagnie de De Cataldo (Suburra) et Adelstein (Tokyo Vice). A noter un bel effort de traduction pour respecter la langue.

La revanche du petit juge (trad. Christophe Mileschi), ed. Points pocket, 401 pages, 7, 70 euros.

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