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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Cabossé : un road movie qui slalome entre polar et bande dessinée

Cabossé : un road movie qui slalome entre polar et bande dessinée

Benoît Philippon, de toute évidence, aime les vieux polars, ambiance poulettes, marlous, gitan et Paris by night. Dans Cabossé, son personnage principal, Roy, est un monstre d'1m90, un peu plus de cent kilos, orphelin (après avoir massacré son père tout de même), boxeur dans un club de Clermont et désormais encaisseur pour quelques voyous de la capitale. C'est lui le Cabossé. La tronche comme une tomate écrasée " et des mains en forme de presse hydraulique ", un colosse, une force de la Nature. Qui se sent seul. Pour combler son vide existentiel, avec son téléphone, il surfe sur un réseau de rencontres. Et tombe sur Guillemette. Nuit torride, emboîtage paroxysmique, confluence de deux solitudes... c'est la passion. Qui tourne au vinaigre quand l'ex de Guillemette déboule. Forcément Roy, à la vie tellement noire que la perspective de vivre avec cette fille le rend fou, n'est pas super joyeux et le voilà qu'il tord, littéralement, la tête de l'impudent. Fuite et road movie à travers la France. Enfin, presque. Jusqu'à Clermont Ferrand. Et c'est déjà pas mal.

Cabossé, dans ce style un peu argotique, pas dénué de poésie, souffre d'un simple manque d'intrigue. Roy et Guillemette font des rencontres passionnantes, notamment celle avec Berthe, mais jamais on ne sent l'urgence de la fuite. Jamais Benoît Philippon, plus concentré sur l'histoire d'amour, ne créé la tension autour de la fuite. Simplement un passage, très drôle au demeurant, dans ce resto de routiers. Il reste une succession de portrait véritablement croqués, à l'image d'une bande dessinée. Et parmi ceux-ci celui de Martinot est à hurler de rire : " Martinot. Sa gueule de con. Son haleine de chacal. Son énergie de merde. Martinot, qu'est-ce qu'il fout là ? Martinot c'est le choléra qui vient frapper à la ta porte. T'as beau t'être mis en quarantaine, y a une saleté de bactérie qu'a réussi à s'infiltrer et tu finis sur un brancard avec un tas de macchabs qui sentent la charogne putride. C'est Martinot. Question de karma. Y en a, y naissent pour sauver des enfants malades en Afrique, Martinot il est juste pour propager une sensation de maladie. " Des punch line pareilles il y en a quelques unes dans ce polar et si c'est forcément inégale, cela reste plus qu'agréable, il y a même un vrai plaisir à retrouver cette langue. On retient in fine, ce personnage de Roy, véritable réussite, très attachant, violent et drôle, dans le genre, justement, de la BD Rank Xerox.

Cabossé, ed. La Série Noire, 272 pages, 18 pages.

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Christophe L. 24/09/2016 15:58

Oui, je pense. On se demande un peu où sera l'intrigue. Les flics ? Martinot ? Le Milieu qu'il a abandonné ? Le roman ne carbure qu'à la passion des deux fuyards. Mais je lirai avec attention l'interview de Benoît Philippon.

christophe 24/09/2016 15:54

Pas de tension autour de la fuite, mais le roman en a-t-il besoin ?
C'est excellent et à venir une très bonne interview de l'auteur sur Milieu Hostile

wollanup 23/09/2016 07:40

Très juste et rassurant.