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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Le verger de marbre : le Kentucky, ce joli Etat peuplé de " poètes "

Le verger de marbre : le Kentucky, ce joli Etat peuplé de " poètes "

Etrange sentiment que celui laissé par Le verger de marbre d'Alex Taylor. On se prend au jeu de cette histoire un soupçon shakespearienne à base d'enfants cachés et de paysans à la masse, et puis la lecture se poursuivant, le style appuyé de l'auteur lasse un brin. Enfin, le livre refermé, comme dans un vrai bourbon du Kentucky, il y a une dernière chaleur, un parfum de folie vraiment appréciable. Le Kentucky, c'est justement là que tout se passe. Sur les bords de la Gasping River. Clem y exploite, avec son fils Beam et Derna, sa femme, ancienne putain, un ferry qui fait la traversée. Une activité à peine lucrative mais bon, dans le canton, ce n'est pas vraiment la Sylicon Valley ! Un soir Beam, tout juste sorti de l'adolescence, souffrant d'une légère narcolepsie, est de service et embarque un un homme, à peine plus âgé que lui. Une discussion s'engage. Beam prend peur face aux intentions de ce passager et le tue d'un coup de clé à griffe. Clem accourt et demande à Beam de prendre de suite la fuite. Celui qui vient de se faire tuer comme un veau est le fils de Loat, personnage hautement craint, caïd impitoyable toujours flanqué d'une demi douzaine de dobermans. Et son fils, Paul, justement, évadé d'une prison voisine, venait lui offrir le rein qui pourrait simplement lui sauver la vie. Forcément Loat n'est pas très content.

Pauvres types, pauvres femmes, Le verger de marbre sonde la misère humaine de ce morceau du Kentucky, sans espoir, sans travail, sans ambition sinon celle de vider quelques flacons d'alcool, les roustons d'hommes perdus au bordel du coin et les poches des plus faibles. Noire, l'ambiance. Le talent d'Alex Taylor est de donner de la chair à tous ces êtres hors du commun. Le "routier" et son inquiétante propension à apparaître et disparaître. Daryl, tenant du bar-bordel, amputé des deux mains après une électrocution et qui garde les dents de ses clients bagarreurs dans une jarre ! Pete, homme providentiel, un des rares bons de ce roman, avec sa collection d'os pénien de ratons laveurs ! Sans oublier Derna, mère tout sauf exemplaire... Le tableau est chargé mais il fonctionne. Le lecteur sera plus réservé sur les descriptions de la nature, les mille et une herbes aquatiques, le lyrisme du genre " les feuilles bruissèrent d'un ricanement moqueur ". Alex Taylor engraisse son texte déjà bien riche de ses personnages au mille et unes facettes. Reste toutefois deux scènes de fusillades comme on les aime avec un petit supplément canin vraiment bien tournées, chorégraphiées à la Sam Peckinpah. On attend de lire la suite monsieur Taylor.

Le verger de marbre (trad. Anatole Pons), ed. Gallmeister, coll. Neonoir, 272 pages, 19, 50 euros.

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