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The killer inside me

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Littérature noire

Sous le feu corse : l'affaire des paillotes par le juge Camberou

Sous le feu corse : l'affaire des paillotes par le juge Camberou

Le 3 mai 1999, en début de soirée, il y avait du monde devant les grilles de la préfecture de Corse-du-Sud, à Ajaccio. Personne n'y croyait et pourtant cela se déroulait sous les yeux d'une centaine de personnes averties : une perquisition était en cours, dans le cadre de l'affaire dite des paillotes. Ce célèbre restaurant Chez Francis incendié nuitamment par un commando de gendarmes dont l'un fut légèrement brûlé par un retour de flammes... De cette affaire on a retenu le nom du préfet Bonnet, de son directeur de cabinet, Pardini, du patron des gendarmes, le colonel Mazères et bien sûr celui du procureur, Jacques Dallest. Un peu moins celui du juge en charge de l'enquête, Patrice Camberou. Qui, 17 ans, après les faits, s'est épanché auprès du journaliste François Pottier. Un récit qui donne aujourd'hui une bande dessinée extrêmement intéressante chez Futuropolis : Sous le feu corse.

Le lecteur découvre ainsi que Patrice Camberou, juge placé, fait essentiellement des remplacements. Tout fraîchement nommé, le soir de l'incendie de Chez Francis, il est de garde, remplaçant son épouse, juge elle aussi. Inexpérimenté, comme il l'avoue, il se saisit de cette affaire avec, d'abord, de l'angoisse. La brigade de recherches recueilles les éléments sur les lieux de l'incendie : une cagoule mais surtout une radio appartenant au groupe d'élite de la gendarmerie, le GPS ! Et puis aussi des jerrycans d'essence. Auditions de super gendarmes, témoignage déterminant d'un ancien proche de Bernard Bonnet, confrontations... la tension de cette enquête hors normes, pour ne pas dire unique dans les annales de cette Ve République, est très bien retranscrite. Jusqu'au rictus méprisant du préfet. Tout y est, l'ambiance en Corse, l'ambiance à Paris et le dessin de Daniel Blancou, distancié, très neutre, assez noir, riches en aplat grisé, prend l'exacte mesure du texte. Sans faire passer le juge Camberou pour un héros.

Au final une bande dessinée rare sur une enquête qui aurait pu être étouffée, tourner au fiasco, s'enliser, mais qui alla jusqu'à la condamnation, à de la prison ferme, du plus haut représentant de l'Etat dans l'île. Tout sauf anodin.

Sous le feu corse. Ed. Futuropolis, 135 pages, 21 euros.

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