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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

L'homme de fer : même ça, Jim Thompson savait le faire ! (24)

En 1967, le grand Jim Thompson n'a que 61 ans. Il est pourtant très marqué. Personnellement, il boit beaucoup, repense à un amour de jeunesse qu'il s'est vu voler, repense surtout à son père qu'il se reproche d'avoir abandonné à la fin de sa vie. Professionnellement, malgré les collaborations avec Kubrick, le succès en Amérique mais aussi en France, il sait qu'il a raté des occasions. Et voilà qu'un ami de son éditeur lui propose d'écrire un épisode de L'homme de fer, pour les éditions Popular Library. Le contrat est signé à la mi-juin, Big Jim doit rendre le manuscrit le 1er août ! Vite fait, (très) bien fait..

L'homme de fer n'est pas ce que l'auteur de The getaway a fait de mieux c'est vrai. Mais c'est quand même au-dessus de certaines de ses oeuvres de jeunesse (Le Texas par la queue). D'abord c'est un roman policier. Bien sûr, avec Robert Dacier, inspecteur chef de la police de San Francisco. Mais il y a une vraie intrigue, une authentique enquête, des scènes assez musclées, bref, du Thompson comme on en voit peu.Que reste-t-il alors de l'âme de notre auteur de l'Oklahoma, une vision baroque de la vie. D'abord ce bouge qu inaugure le roman, un bar de paumés, avec un pianiste camé jusqu'au bout des ongles, des clients avinés, gueules cassées qui iront jusqu'à se déguiser dans une autre scène, vision chaotique du monde. Un bar où règne Le Tueur, sorte d'ange exterminateur des déviances de la cité. Ce troquet, c'est du pur Thompson. Et puis il y a ces portraits de femmes ! " Le propriétaire de cette voix de stentor était une femme ! La plus formidable femelle qu'il ait jamais vue. Elle remplissait tout le cadre de la porte, massive comme une tour de chair dont les bras étaient gros comme des cuisses, et le poitrail imposant évoquait la chaîne montagneuse du Grand Téton. " En respectant parfaitement les codes de la série, avec le jeune black assistant, la belle Eve et Brown comme subalternes, L'homme de fer se révèle un vrai plaisir de lecture, pour le fan de Jim Thompson mais pas seulement. C'est du sacré bon travail et cela ne fait qu'ajouter à l'idée que cet homme savait tout écrire, possédait un talent hors norme. Avec en plus une respectueuse traduction de Thierry Marignac. Au moment où François Guérif prend du recul chez Rivages, il faut lui rendre grâce pour ce travail obstiné autour de cet auteur majeur.

L'homme de fer (trad. Thierry Marignac), ed. Rivages, 193 pages, 7 euros.

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