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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Société noire : cocktail de triades et de maras à Barcelone

Quelles peuvent être les connexions entre une triade chinoise et les maras salvadoriennes à Barcelone ? L'inspecteur Canas aimerait comprendre. Il a déjà du mal à identifier la présence d'une organisation criminelle chinoise. Car non seulement les ressortissants de l'Empire du Milieu sont très discrets mais en haut lieu, vu que la Chine a racheté la dette du pays, l'ambassadeur, à Madrid, aimerait que ses compatriotes ne soient pas trop bousculés. Compliqué. Il a donc besoin de Liang, son indic. Jeune instructeur de kung fu, né à Hong Kong, grandit à Barcelone. Liang, qui profite évidemment de ses liens avec les fonctionnaires pour faire des affaires. Sauf que là quand il s'intéresse, comme on lui demande, aux affaires de monsieur Soong, grand patron supposé de la société noire (terme générique pour désigner une triade), il fait deux découvertes : une banque clandestine et la fille de Soong, bombe sexuelle.

Andreu Martin a du génie dans les mains. Son écriture limpide éclaire une construction diabolique, où il parvient à imbriquer le temps qui suit le braquage et le temps qui précède le braquage. Avec un climax immédiat et le corps de cette vieille femme coupée en deux, découverte dans la rue au petit matin, suivi de l'assassinat d'un pochtron, tête et mains décollées et enfin, le massacre d'une famille de dealers ! Comme tension initiale on fait difficilement mieux. L'auteur jette les pièces de son puzzle à la figure du lecteur et les assemble très patiemment, jonglant avec les points de vue de Canas ou de Liang. C'est ce que l'on appelle le sens de la narration, la technique, le talent aussi. On sera plus réservé sur les passages didactiques lorsque Martin nous explique la vie et la naissance des triades, la vie et l'expansion des maras (eh ! nous aussi on lit les dossiers de Courrier International !). Des discours qui brisent un peu l'élan de ce polar tortueux, sensuel et bien barjot. Parce que les trois bras cassés qui montent au braquage, ceux-là sont vraiment impayables, sorte de Frak Brothers à la sauce catalane. Une lecture qui reste hautement recommandable pour son originalité formelle mais aussi cette narration qui maintient le suspense, l'intérêt.

Société noire (trad. Marianne Millon), ed. Asphalte, 312 pages, 22 euros.

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