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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Dans son regard : queue de comète du polar scandinave

Theodor Kallifatides est arrivé chez Rivages il y a cinq ans, sans bruit, avec Le sixième passager et son commissaire de Stockholm, Kristina Vendel. Et le voilà cet hiver avec une troisième aventure de cette même policière, Dans son regard. Le truc, c'est que l'on a peu entendu parler de cet auteur, juste quelques blogs, rarement de la presse. Kallifatides a bientôt 80 ans, on se dit que son entrée dans le roman noir et le polar aurait pu en intriguer plus d'un...

Kristina Vendel sort d'une enquête traumatisante, sur un trafic d'organes. Elle a été séquestrée, ne se souvient de rien, son seul lien, c'est une photo d'elle entièrement nue, à la merci de ses ravisseurs. Ce qui s'est passé ? Impossible d'être sûre. Elle craint le pire. Sur ce choc, un de ses amis, gros bras russe, se fait dessouder en plein jour sur un champ de courses, puis c'est un Grand maître international d'échecs qui meurt, assassiné dans sa chambre d'hôtel. Au cours d'une enquête sur ce tueur fantomatique, Kristina croise le jeune et ténébreux Kemal, réfugié kurde, qui s'occupe avec une rare affection de sa soeur sur fauteuil roulant. Un secret uni le frère et la soeur, marqués par un lourd passé. Kristina ressent vite une attirance animale pour Kemal. Mais les pistes se resserrent autour des deux kurdes... L'opinion publique craint maintenant que la cérémonie de remise du prix Nobel soit la cible de terroristes.

Dans la veine du polar scandinave, Theodor Kallifatides fait du classique, avec une héroïne forte mais pas trop, une équipe aux personnalités bien marquées, un rien d'animosité entre les services et un crime qui, même si le coupable est vite offert au lecteur, doit se résoudre en 300 pages. Pas inoubliable donc, loin évidemment de Sjowal et Wahloo, Dans son regard souffre d'un manque d'ambition. Quitte à parler des kurdes, autant s'emparer vraiment du sujet, en faire une sorte de tribune, quelque chose d'un peu plus politique. Même la peinture de Stockholm, ses changements sociologiques, urbanistiques, ne sont abordés que d'un trait, alors que c'est parfois la force du polar nordique de faire ressentir les évolutions de ces sociétés. L'auteur est d'abord un poète et sa légèreté, finalement, qui aurait pu apporter une touche de sensibilité, d'élégance, laisse penser que ses assassinats ne sont que péripéties dans le quotidien suédois. Un mot aussi sur la traduction parfois curieuse (qui prend la veste de Kristina, page 153 ?) et même erronée (Con te partiro est une chanson d'Andrea Bocelli ! Pas Borelli ! Et c'est un homme !).

Dans son regard (trad. Régis Boye), ed. Rivages, 331 pages, 22 euros.

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