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The killer inside me

The killer inside me

Littérature noire

Soleil rouge : Meth America great again

Dale Everett Banks est sheriff adjoint du comté de Gasconade dans le Missouri. La quarantaine bien tassée, il est heureux en mariage, heureux en famille, avec ses trois enfants, dont Grace, handicapée mentale, véritable lumière de sa vie.  Et puis il a sa petite ferme où il apprend à sa progéniture les valeurs de la terre. Mais le jour où il perquisitionne le mobil home de ce toxico de Jerry Dean, ce sont 50 000 dollars planqués dans la litière du chat qui lui font un clin d'oeil. Personne pour le voir et de l'argent qui pourrait permettre de rêver à des études pour les enfants. Et mince quoi ?, c'est l'argent de la meth, l'argent d'un dealer ! Dans ce comté tout le monde ou presque carbure au crystal de meth. Cela créé une population de zombies, de camés, qui se révèlent bien sûr violents. Jackson et Jerry Dean s'en prennent justement au vieux Olen, sage agriculteur, veuf inconsolable, pour lui voler sa cargaison d'ammoniac... et tuer sa vieille chienne Sandy. Tout le monde va partir en vrille dans le comté.

Roman des losers blancs, Soleil Rouge creuse la veine rurale trash jusqu'à un point extrême. Entre le gamin passé sous la moissonneuse batteuse, le fils de prostituée, la femme morte d'un cancer, l'épicier qui se suicide, la fausse couche de celle-ci et, summum, la famille Pogue tout droit sortie de Delivrance, Matthew McBride a visiblement passé un contrat de promotion avec l'office de tourisme de Gasconade ! Malheureusement tout cela va dans tous les sens. Jerry Dean veut faire un sale coup à Butch Pogue,  Fish veut flinguer la banquière, Jackson, on ne sait pas trop, et au milieu de tout cela, évidemment, un flic ripou... le lecteur est emporté par ce maelström d'ordures finies et met un certain temps à sortir la tête. Alors que Sinatra dans un mixer montrait une certaine dose d'humour noir, Soleil Rouge en est totalement dépourvu. Livre salué par Woodrell et Pollock, ce dernier opus de Mc Bride qui se veut les deux pieds dans la réalité étonne aussi par ses scènes justement surréalistes, entre une attaque de sangliers et un méchant qui survit 24 heures avec un poignard d'éviscération dans le bide. Même cette happy end a un côté moralisateur, avec Olen incarnant les bonnes vieilles valeurs paysannes, américaines. Une grosse déception et on se demande si la veine polar rural peut encore durer longtemps. Remettez-nous une dose de Joseph Wambaugh !

Soleil rouge (trad. Laurent Bury), ed. Gallmeister, 221 pages, 21 euros.

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